Fin du capitalisme

Pourquoi n'entendons-nous plus les voix mélodieuses des Milton Friedman, Hayek, Salin palinoder ? Et les accents suaves des monétaristes hardcore, de la banque mondiale, du FMI et de la BCE ? Où sont désormais les discours responsabilistes du sarkozysme triomphant, le malthusianisme dédaigneux et l’hyper-dérégulationnisme qui a régné sans partage dans tous les champs de la société depuis 30 ans ?

Et les blogueurs ultralibéraux ? Tiens, c'est marrant, chez le plus acharné d'iceux, pas un mot sur la crise "systémique" qui fait la démonstration de la nocivité radicale de l'économie de marché depuis qu'elle s'est invitée sur les places boursières. Ca parle 35 heures, "stéréotypes antijuifs", subsidiarité, forum de Davos - mais la crise mondiale ? Que dalle !

Le capitalisme financier, sa spéculation, sa mystique du marché sont en train de s’effondrer et d’écraser sous leurs poids des millions de personnes. Et Sarkozy tire profit de cette crise pour renforcer sa politique (et le système) en promettant de le « moraliser ». Comme s’il en avait simplement le pouvoir…

Rappelons que Laurence Parisot était opposée à un encadrement légal des parachutes dorés il y a seulement six mois. Que Sarkozy voulait importer le système américain des « subprimes » en France pendant la campagne des présidentielles.

A partir d’aujourd’hui, que vaut la parole d’un néolibéral ? Continuera-t-on à écouter religieusement ces dizaines d’experts nous seriner que la spéculation ne fait qu’accentuer légèrement les mouvements des marchés ? Que la mondialisation est heureuse ? Que l’économie de marché est le meilleur des mondes ? Que l’Etat est un poids contre lequel il faut lever des « boucliers » (fiscaux) ? Au moment où les nationalisations pullulent sur la planète entière, les sectateurs fanatiques du libre marché vont-ils avoir encore droit au chapitre ?

Dans le même temps, alors que 700 milliards de dollars et 120 milliards d’euros (payés par nous) sortent des caisses « vides » de nos Etats pour sauver les banques ; le « trou de la sécu » est alimenté à coups de déremboursements, de franchises médicales et d'explosion des tarifs de soin (payés par nous). Il ne s’élève pourtant qu’à 8,9 milliards d’euros, une paille. Mais que vaut la santé et la vie des gueux face au bien-être des dirigeants véreux des institutions financières ?

Face à la clique au pouvoir qui a tout mis en œuvre pour que le système économique soit ce qu’il est, il faut opposer une fin de non-recevoir systématique. Au lieu de quoi les « socialistes » hésitent entre l’abstention et le soutien au RSA, qui accorde 110 euros supplémentaires aux exclus de ce pays. En échange, le RSA ouvrira la boîte aux effets d’aubaine, la trappe à bas salaire, à temps partiel et à emplois précaires. Heureusement que Sarkozy a "un plan" pour nous sortir de là !

Il y a quelques années, on entendait ce slogan amusant : "Le capitalisme ne s'effondrera pas tout seul, aidons-le !". En fait, il semble qu'il est précisément en train de se casser la gueule tout seul. Et que c'est nous qui allons le payer. Certainement pas les "pansus porcs de la finance".

18 jours à 758 333 dollars par jour...

Alors que les pauvres sont sommés de fermer leur gueule et de se contenter, s'ils ont plus de 25 ans, de 110 € mensuels contre leur force de travail (RSA) ; les banques récupèrent 700 milliards de dollars et 120 milliards d'euros parce qu'elles rencontrent des "difficultés".

"Quand tu crèves de faim dans les encoignures de New York City, USA, ou de Paris, France, jamais on ne te fait le moindre plan de sauvetage - on te montre plutôt que si que t’en es là, en faillite et mendiant comme un cauteleux bâtard une hypothétique pitance, ben c’est pour la (simple) raison que t’as laissé passer le train de la mondialisation heureuse, et où t’étais, bordel de merde, quand la dame est venue te prévenir que ta flexibilité donnait à désirer ?"

"Maintenant que tout le monde a pu vérifier que le capitalisme est l’arnaque du millénaire, où les caisses prétendument vides soudain se remplissent quand il s’agit d’organiser le sauvetage des pansus porcs de la finance : la gueusaille risque de s’imaginer, plus fort qu’hier, qu’un autre monde est possible - et que les marchés ne sont pas l’universelle panacée que disent nos journaleux." (Sébastien Fontenelle)

Il y a mieux: : Alan Fishman, PDG éphémère de la banque Washington Mutual, en faillite, est resté en tout et pour tout 18 jours à son poste. Il a touché, pour cet intermède triomphal (qui a mené l'institution à la banqueroute) plus de 13 millions de dollars. Soit, comme le calcule Libération (29/09/08), 758 333 dollars par jours.

Mais par contre, si t'es un connard de chômeur, un fils de pute d'étudiant ou un RMIste, tu peux aller te faire foutre pour avoir un ticket restaurant supplémentaire : les caisses sont vides ! Et les médicaments sont de plus en plus déremboursés pour combler le "déficit" de la Sécu : les caisses sont vides ! Les caisses sont tellement vides que 30 000 fonctionnaires ne seront pas remplacés l'année prochaine. Tellement vides aussi que les riches ont pu jouir de 15 milliards de cadeaux fiscaux en 2007.

Les caisses, prétenduement vides lorsqu'il s'agit de sauver des vies ; se remplissent pour sauver des banques. C'est quand qu'on fout le feu ?

Au moins 1000 détenus dorment à terre sur des matelas dans les prisons surpeuplées

Les prisons débordent. Les détenus s'agitent. Les surveillants manifestent leur exaspération dans plusieurs régions. Les instances internationales s'inquiètent de la situation française. Au 1er mai, l'administration recensait 63 645 personnes incarcérées, pour 50 631 places. Dans les faits, le nombre de détenus en surnombre approche 14 000. Le syndicat de surveillants UFAP (Union fédérale autonome pénitentiaire) a entrepris de recenser les matelas placés à terre dans des cellules déjà suroccupées par des lits superposés. Le décompte n'est pas terminé. Mais il montre déjà que plus de 1 000 prisonniers dorment par terre. L'administration refuse de commenter ce point.

La maison d'arrêt de Meaux (Seine-et-Marne) connaît un taux d'occupation de 165 % trois ans après son ouverture, selon les syndicats. Dans cette prison moderne, où les douches et les WC sont placés dans les cellules et séparés, l'administration a dû ajouter 110 matelas. Près d'un détenu sur huit dort par terre. Les syndicats CGT, FO et UFAP organisent un mouvement de protestation jeudi 22 mai. Trois agents ont été brûlés après qu'un détenu a mis le feu à sa cellule.

Le 16 mai, les surveillants de Bordeaux-Gradignan (Gironde) manifestaient contre l'insécurité en dénonçant un taux d'occupation de 200 %. Une semaine plus tôt, plusieurs détenus de la prison de Saint-Quentin Fallavier (Isère) avaient refusé de réintégrer leur cellule, pour protester contre le nouveau système de cantine, confié à une entreprise privée. Le secrétaire général adjoint de l'UFAP, Stéphane Barraut, dénonce "un cocktail explosif" dans les prisons. L'administration pénitentiaire tempère, en soulignant qu'il n'y a pas d'augmentation du nombre d'incidents depuis le début de l'année. Les travailleurs sociaux de l'administration pénitentiaire ont, enfin, lancé un mouvement de protestation, contre une réforme statutaire.

Avec 63 645 détenus, la population carcérale frôle, à quelques unités près, le record du 1er juillet 2004. La loi d'amnistie avait alors fait retomber le chiffre à 58 000 le mois suivant. La situation est différente aujourd'hui. L'absence d'amnistie en juillet 2007, puis l'instauration des peines planchers pour les récidivistes, en août, ont fait monter le nombre de détenus de 3 000 en un an. Secrétaire général de FO direction pénitentiaire, Michel Beuzon constate, en outre, "depuis un an", une meilleure exécution des condamnations pour les petits délits : "On voit des personnes qu'on ne voyait plus ces dernières années, qui viennent pour un court séjour." Il s'inquiète aussi du nombre de détenus qui auraient "plus de place dans des structures psychiatriques. Ils ne supportent pas l'enfermement et sont confrontés à une promiscuité difficile pour tout le monde".

La ministre de la justice insiste sur la progression des aménagements de peine et sur les placements sous bracelet électronique. Au 1er avril, 3 509 personnes effectuaient ainsi leur peine hors de la prison, contre 2 519, un an plus tôt. Promise, bien que toujours pas inscrite au calendrier parlementaire, la loi pénitentiaire devrait aussi faciliter les aménagements de peine. La chancellerie souligne que le plan de construction et de rénovation de 13 200 places, décidé en 2002, suit son cours. En 2012, les prisons devraient compter 63 500 places... soit le nombre de détenus actuel.

Mais l'administration attend 80 000 prisonniers d'ici à 2 017. L'annonce, lundi 19 mai, par Rachida Dati, d'un décret pour organiser les demandes d'encellulement individuel a été accueilli avec scepticisme. "Certains détenus ne souhaitent pas être seuls, mais c'est une minorité", constate Stéphane Barraut, de l'UFAP.

La France a été interpellée à l'ONU, le 14 mai, sur l'état de ses prisons, par le Canada, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et la Suède. Le commissaire européen aux droits de l'homme, Thomas Hammerberg, est en visite en France. Le nom tant attendu du contrôleur général des lieux privatifs de liberté pourrait être dévoilé à l'occasion de cette visite qui s'achève vendredi 23 mai.


Alain Salles

Un coup de jeune dans les prisons

Dénonçant une hausse de la délinquance des moins de 18 ans, Rachida Dati veut durcir les sanctions.

Cela commence par un film, au ton alarmiste. «A l’aube du XXIe siècle, la délinquance se durcit. En moins de dix ans, les condamnations pour violences des mineurs ont cru de 150 %», martèle le commentaire. Mardi, à la chancellerie, Rachida Dati projetait à ses invités un documentaire, condensé d’alarme sécuritaire. Il s’agissait d’instaurer un groupe de travail chargé de «réfléchir» à une réforme de l’ordonnance de 1945 sur la justice des mineurs. Et de faire des propositions le 1er novembre. Mais le discours de la ministre de la Justice, suivi par celui du président du groupe de travail, le juriste André Varinard, à la tonalité fort proche, montre que les projets du gouvernement en ce domaine ont déjà été bien «réfléchis».

En prison avant 13 ans?

L’ordonnance de 1945 pose le principe d’une justice des mineurs différente de celle des majeurs, où l’éducatif doit toujours primer sur le répressif. Elle pose un âge minimum, 13 ans, en dessous duquel un jeune ne peut pas faire l’objet d’une sanction pénale. Il peut être rappelé à l’ordre, puni, mais par des mesures éducatives. Par exemple, il peut être suivi par un éducateur et être tenu de respecter un certain nombre d’engagements. Mais il n’effectue pas de peine.

Dans son discours, Rachida Dati a alerté sur la «forte progression de la délinquance des moins de 13 ans». Elle a jugé «pas exempte de critiques» l’impossibilité de «condamner à une peine» ces enfants. André Varinard a renchéri: il faut «trouver une méthodologie plus efficace» pour ramener les plus jeunes dans le droit chemin. A plusieurs reprises, l’idée d’appliquer des sanctions pénales, donc possiblement des peines de prison, aux moins de 13 ans a été évoquée.

Un «âge minimum» de responsabilité

L’ordonnance de 1945 ne prévoit pas «d’âge minimum» de responsabilité pénale. Cela veut dire que si un seuil (13 ans) existe pour pouvoir être condamné à une peine, il n’y a pas, en revanche, d’âge minimum pour être sanctionné d’une mesure éducative. Le juge pour enfants est chargé, au cas par cas, d’évaluer le «discernement» de l’enfant. Et lui infliger une sanction éducative, quel que soit son âge. Dati voudrait l’instauration d’un âge minimum. C’est ce que réclame la convention internationale des droits de l’enfant (Cide), qui engage la France depuis 1990. Ce «seuil», en dessous duquel aucune condamnation de quelque sorte que ce soit n’est possible, existe dans la plupart des pays européens. Mais les écarts sont énormes: 7 ans en Grèce, 10 en Grande-Bretagne, 12 en Suède, au Pays-Bas et en Italie, 14 ans en Allemagne. Le Comité des droits de l’enfant des Nations Unies recommande que ce seuil minimal soit fixé à 12 ans. Que décidera la France? Vu la détermination du gouvernement à vouloir sanctionner pénalement les moins de 13 ans, on peut légitimement s’inquiéter. Dans un rare communiqué, l’Unicef France a appelé les membres du groupe de travail «à considérer que l’âge de 12 ans est l’extrême minimum».

Juger les mineurs comme des majeurs?

«Il ne semble plus possible de continuer à parler d’enfants et de juge pour enfants alors que cette délinquance concerne de grands adolescents dont les délits sont bien proches de ceux commis par les adultes», a déclaré André Varinard dans son discours. Une phrase qui fait écho aux propos de Nicolas Sarkozy. «Un garçon de 17 ans mesurant 1,90 m qui frappe à terre avec une violence inouïe un photographe ou une petite jeune fille, l’amener devant le tribunal pour enfants, il n’a plus rien d’un enfant, c’est parfaitement ridicule», affirmait-il en avril 2006. Derrière ces déclarations, deux projets. Le premier consiste à s’attaquer à la «tranche», comme dit Rachida Dati, des mineurs de 16 à 18 ans, que le gouvernement veut juger comme des adultes. André Varinard a exprimé le souhait que, «au delà de 16 ans, les mineurs puissent relever de juridictions toujours spécialisées, mais plus proches du droit commun». La brèche a été ouverte par la loi sur la récidive du 10 août 2007, qui permet de supprimer «l’excuse de minorité» lorsque le mineur est récidiviste. Et donc de prononcer des condamnations semblables à celles des majeurs. Rachida Dati a souligné mardi son intention de renforcer cette logique de gradation en fonction de la récidive «par paliers». «Aucun parcours de mineurs n’est automatique, rectiligne, avec des infractions de plus en plus graves, s’inquiète Laurence Bellon, vice-présidente du tribunal pour enfants de Lille. La notion de récidive suppose une maturité, une volonté. On ne peut pas l’appliquer aux mineurs comme aux majeurs. Il faut une souplesse pédagogique.»

Supprimer le juge pour enfants?

Le deuxième projet concerne la définition du juge pour enfants. Celui-ci a en effet, pour l’instant, une double casquette. Il ne se borne pas à sanctionner le jeune, il est aussi chargé de la protection de l’enfance, donc du suivi des mesures éducatives. Considérant qu’un enfant délinquant est aussi un enfant en danger, l’ordonnance de 1945 a voulu lier les deux fonctions. «A la chancellerie, ils ont déjà calculé qu’on économiserait 240 magistrats si le contentieux de l’assistance éducative était retiré au juge des enfants pour être confié aux conseils généraux», s’inquiète le secrétaire général de l’Union syndicale des magistrats (USM). «Le fait de s’occuper d’assistance éducative ne nuit pas à mon efficacité, au contraire, s’alarme Laurence Bellon. C’est assez semblable au rôle d’un professeur, qui à la fois punit, met zéro si on n’a pas travaillé, et qui explique, qui a une mission d’apprentissage. Le juge pour enfants, c’est celui qui apprend la loi pénale, pas qui l’applique automatiquement. Si on supprime la pédagogie, la sanction n’a plus aucune chance d’être efficace.»

Ondine Millot, Liberation.fr

Le nombre de gardes à vue a exposé en 7 ans

"Les gardes à vue, les "GAV" comme on dit dans le jargon policier et judiciaire, explosent. En sept ans, de 2000 à 2007, leur nombre a gonflé de moitié, et dépassé la barre du demi-million pour atteindre 562 083 en 2007. Elles durent de plus en plus longtemps : les courtes durées, celles de moins de 24 heures, représentent les trois quarts des GAV mais à elles seules, celles de plus de 24 heures ont bondi de 73,8 %. Le délai maximum est de 48 heures (96 heures et même jusqu'à six jours pour les personnes soupçonnées de terrorisme).

"On a poussé la situation jusqu'à l'absurde, surtout pour les contentieux à la mode, affirme Naïma Rudloff, vice-procureure à Paris et secrétaire générale de FO-magistrats. En matière d'alcoolémie, par exemple, on ne fait plus la différence entre un taux de 0,42 gramme et un taux de 2 grammes. Même chose pour les violences conjugales : on ne fait pas la différence entre une femme qui instrumentalise la justice en accusant son mari et une vraie affaire de violence. On place systématiquement en garde à vue."

La GAV s'installe et, bien que souvent traumatisante, se banalise. Ses conditions évoluent. Le 1er juin, les interrogatoires des personnes interpellées pour crimes feront l'objet d'un enregistrement audiovisuel. La Commission Outreau comme le Comité européen pour la prévention de la torture avaient préconisé cet enregistrement. Les mesures d'Elisabeth Guigou sont progressivement entrées dans les mœurs : les personnes interpellées peuvent requérir un médecin et s'entretenir dès la première heure avec un avocat.

Pour la police, qui en tire argument, ces droits donnent un "statut" à la personne interpellée. "Il ne faut pas tout inverser, s'insurge un juge de Bobigny (Seine-Saint-Denis). C'est parce que la garde à vue est une atteinte aux libertés que l'on a donné des droits aux personnes concernées. C'est un comble de dire que l'on prive de liberté des gens pour les protéger et leur donner des droits !"

SOIRÉES TROP ARROSÉES

La croissance est continue, mais pas dans tous les domaines. Dans les délits de moindre importance, la palme des GAV revient sans conteste aux "infractions aux conditions générales d'entrée et de séjour des étrangers" qui constituent, avec 25 983 gardes à vue en 2000 et 72 572 en 2007, soit une augmentation de… 179 %, un petit quart de la hausse générale. Vient ensuite "l'usage de stupéfiants" (42 883 personnes en 2007, 27 233 sept ans auparavant).

Pour la police, l'augmentation des GAV est à mettre en relation avec le taux d'élucidation des délits, qui atteint presque 40 %. "On ne met pas en garde à vue pour faire de la garde à vue. On met en garde à vue parce qu'on travaille plus", soutient Hervé Niel, responsable des missions de police à la direction centrale de la sécurité publique (DCSP).

De tous les services de police, la sécurité publique est la plus "consommatrice" de GAV : elle est responsable de 334 129 placements sur les 562 083 de l'année 2007. Dans un seul domaine, celui des violences intrafamiliales, le policier admet la prolifération de GAV qui n'existaient pas, ou peu, il y a quelques années, "parce que les parquets nous demandent d'être sévères contre cette violence faite aux personnes". Ailleurs, pourtant, pour des bagarres entre étudiants, des soirées trop arrosées, ou des délits autoroutiers mineurs, les témoignages affluent sur des GAV mal vécues.

Garde à vue, sanction ? Garde à vue, punition ? M. Niel chasse ces accusations. "C'est une mesure technique judiciaire qui s'opère sous le contrôle du procureur, un acte d'enquête, explique-t-il. En aucun cas, elle ne peut être considérée comme une sanction. Sinon, cela voudrait dire que l'on se fait justice nous-mêmes." Le policier précise : "Ce n'est pas le moyen d'obtenir des aveux, mais c'est pendant le temps de la garde à vue que l'on obtient des aveux."

Cette année encore, la Commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS) a soulevé, dans son rapport d'activité 2007, le cas de gardes à vue d'une durée excessive, sans notifications des droits, ou bien ayant fait l'objet d'une pratique abusive de la fouille à corps. La CNDS insiste sur la situation de mineurs dont les droits n'ont pas été respectés. Elle cite le cas d'un garçon de 15 ans, interpellé en Seine-Saint-Denis, qui n'avait bénéficié d'aucun examen médical et a subi une fouille à corps.

"J'ai refusé de prolonger une garde à vue car la personne ne pouvait pas se doucher, explique un juge des libertés et de la détention en région parisienne. J'ai également refusé de prolonger un gardé à vue qu'on m'a présenté pieds nus !" "Une personne en garde à vue avait demandé une bassine pour vomir, relate l'avocat Christophe Grignard. On lui a donné un récipient dans lequel quelqu'un avait déjà vomi. Vous avez affaire à une personne qui peut être enfermée pour la première fois et qui est confrontée aux odeurs, aux bruits, à la tension, à la lumière permanente, à l'insalubrité de certains locaux. Elle ne comprend pas ce qui lui arrive.""

République irréprochable

Vous connaissez le "Casse-toi pauv'con" de Sarkozy.


Sarkozy au salon de l'agriculture
envoyé par paola38

Vous connaissez sans doute aussi le "Salope" de Devedjian.

Il y a eu également le "Charognards !" de Rama Yade.

Peut-être, si vous êtes particulièrement bien informé, avez-vous eu connaissance du "Quel imbécile" adressé par le promoteur de "la morale à l'école" à David "Tête de gland" Martinon.

Quid du "tocard" envoyé par Panafieu à Delanoë ?

Enfin, avez-vous pris connaissance du "Ta gueule ! Va te faire foutre pétasse !" de Jacques Peyrat, maire apparenté UMP de Nice ?

Citons ici quelques phrases de la meilleure plume du Canard Enchaîné, Jean-Luc Porquet :

"C'est dire à quel point nos gouvernants sont spontanés [à propos des justifications au "dérapage" du Président par ses sous-fifres, censé être une "réponse d'homme à homme", "une conversation privée", un langage de "transparence", "sans hypocrisie"], couillus, francs du collier et gueulards comme l'est le populo... Ou du moins comme ils s'imaginent qu'est le populo.

Ce ne sont donc pas de simples dérapages verbaux auxquels ils se livrent depuis quelques semaines. Mais une volonté de communier avec la France d'en bas.

[...] Bref, on se lâche, on se débonde, on se desserre la ceinture. Et il ne s'agit pas là d'extrême nervosité, oh non, cela n'a rien à voir avec la retentissante gamelle de Sarkozy dans les sondages, ni avec cette impression de ratage généralisé, cette atmosphère de débandade d'avant les municipales. Il ne s'agit pas de se mettre à insulter tous azimuts tous ceux qui n'applaudissent pas le spectacle du Sarkocircus, journalistes, opposants politiques, simples citoyens. La preuve : les insultes sont punies de prison. Ainsi le manifestant qui, en 2004 au Forum des Halles à Paris, avait lancé à Sarko : "Retourne en Chine, espèce de Hongrois !", s'était pris 1 mois ferme. Idem pour celui qui, l'année d'après à Strasbourg, avait crié : "Sarkozy, va niquer ta mère !" et 4 mois pour celui qui, à Aubagne, avait lâché "Je nique Sarko, le fils de pute." (Note de Sabotage : Au-bagne ! hu hu hu). Ça, c'étaient de vraies insultes puisqu'elles ont été punies par la loi. "Pauvre con", "charognard", "tocard" et autre "salope" sont juste des déclarations d'amour à la France entière." (Canard Enchaîné du 27/02/08)

Et ensuite, les juges qui vont mettre au trou un type pendant 4 mois parce qu'il a insulté Sarko veulent qu'on les regarde en croyant vraiment au concept de "justice"... C'est beaucoup demander ; nous, en tous cas, à Sabotage, l'idée de "justice", non, on y croit pas, du tout.

Pour ajouter au ridicule et à la cocasserie de Sarkozy, voici ce que ce-dernier vociférait, lors d'un discours adressé à la police, à la Grande Arche de la Défense, le 29 novembre 2007 : "Pas de familiarité, de la tenue, respectez les gens. (…) Mais pensez à cela, chaque minute : vous portez un uniforme, vous êtes les représentants de l’Etat, vous devez avoir une éthique, vous devez être exemplaires. Et c’est très important, pas de fenêtre ouverte dans les voitures de patrouille avec le bras qui pend, pas de tutoiement, du respect. Respectez les autres et vous serez respectés. Je sais bien qu’on vous insulte, mais on ne combat pas les voyous avec les méthodes de voyous !". C'est-y pas beau, une Restauration Nationale...

L'épisode n'est pas sans rappeler une autre anecdote : à la sortie du livre d'Alain Badiou, De quoi Sarkozy est-il le nom ?, des adeptes du Guide ont été bouleversé par l'odieuse terminologie employée par le philosophe à l'endroit de Sarkozy : "L'homme aux rats" ! Et ces virils malabars de renvoyer Badiou au "stalinisme", à l'antisémitisme, à l'invective pamphlétaire, au raciste de la pensée, à l'intolérant totalitaire. L'homme aux rats ! Comment accepter qu'un gauchiste insulte et méprise de façon aussi répugnante la fonction et la personne de Nicolas Sarkozy ? Intolérable !

C'est oublier un peu vite le langage de marcassin de caniveau que le même Sarkozy emploie, non seulement avec ses ennemis (Villepin, Chirac, Debré, et tous les autres) mais également avec ses collaborateurs. La lecture de "la mare aux canards" dans le Canard Enchaîné renseignera utilement les loutres cocaïnées qui hurlaient au blasphème antiprésidentiel et au crachat "rappelant les années sombres de la presse des années trente", pour reprendre la formule consacrée, à la sortie du bouquin de Badiou.

Jean Sarkozy, clône, héritier, vassal


JEAN SARKOZY ENTRE DANS L'OPPOSITION
envoyé par rue89

La même voix, les mêmes intonations, les mêmes gestes, les mêmes inclinaisons du visage, la même agressivité rhétorique, le sentimentalisme imbécile, les formules creuses... Cette petite vidéo en guise de teasing, puisque Sabotage va publier prochainement un article sur le duo Sarko, père et fils.

Vive Marcela !


Qui, en ayant vu cette vidéo, n'a pas envie "d'écraser la gueule" de Yann Moix "à coup de talons", pour citer BHL ? Marcela y est resplendissante, et le gros porc auteur de grands textes fondateurs ("Podium", "Partouz") lui coupe la parole en permanence et débite son pontifiant discours straight et mainstream.

Marcella, à la fin de l'émission, présente un livre de son "mec" Patrice Maniglier ; profitons-en pour parler ici de l'Anti-manuel d'éducation sexuelle, signé Marcela et Patrice Maniglier, qui reprend les thèmes de Qu'avez-vous fait de la libération sexuelle ? mais en décuple la portée, la rigueur et la qualité. Une bible.

Qu'avez-vous fait de la libération sexuelle ?

L’heure était venue pour nous, Sabotage, de nous pencher enfin sur un sujet qui mérite amplement que nous y introduisions un peu de notre esprit critique et déconstructeur : la sexualité. Le sujet étant vaste, nous avons dédié nos nuits blanches à la recherche d’un premier angle d’attaque, jusqu’au jour où est tombé entre nos mains un court essai de Marcela Iacub, intitulé Qu’avez-vous fait de la libération sexuelle ? (qui date de 2002 et est édité chez Points en édition poche).

Le texte prend la forme d’une fiction ludique, au cours de laquelle une héroïne astucieusement nommée Louise Tugènes, dans la pure tradition des Ingénus littéraires, avance dans un monde qui veut se faire croire a tout prix que la « libération sexuelle » est un acquis alors que, manifestement, il n’en est rien. La théorie de Marcela Iacub est la suivante : initialement voué à combattre la « domination masculine », le féminisme majoritaire, une fois institutionnalisé (politiquement, socialement, intellectuellement) a sciemment abandonné le projet de donner aux femmes les conditions d’accès au pouvoir et à l’indépendance, pour au contraire affaiblir les hommes au moyen d’un arsenal moral, rhétorique, législatif, tout en maintenant les femmes, de fait, dans une position d’asservissement.

Ainsi en est-il de la loi sur la parité des listes électorales, qui revient à considérer que les femmes n’ont pas les capacités suffisantes pour s’en sortir sans qu’on leur mette le pied à l’étrier. Ainsi en est-il de l’instrumentalisation qui est faite des « tournantes » : au nom d’une idée de la Femme, que l’on essentialise comme un être maternel et fragile, on considère qu’une femme ne peut pas accepter de participer de son plein gré à des tournantes, et on va jusqu’à leur arracher a posteriori l’aveu d’un non-consentement pas forcément conscient (inutile de préciser qu’il ne s’agit en aucun cas de dire que toutes les filles qui participent à des tournantes le font volontairement, dans la joie et la bonne humeur). Ainsi en est-il des débats autour de la famille, de la procréation artificielle sans mère porteuse, cannibalisés en permanence par ceux et celles qui, au nom du féminisme, essentialisent « La Femme » comme une mère en puissance. Au final, hommes et femmes sont opprimés mais sont priés de se consoler en voyant le sexe opposé l’est tout autant.

Contre cette tendance du féminisme contre-révolutionnaire qui s’appuie sur la mise en valeur de prétendues différences, voire de conflits fondamentaux, indépassables et structurants entre les hommes et les femmes (ou encore entre l’Homme et la Femme pour reprendre leur phraséologie créationniste), Marcela Iacub propose au contraire un féminisme « indifférentialiste », visant donc à abolir toute différence entre hommes et femmes au-delà du génome. Ce qui revient à nier toute essentialisation de « la Femme » comme de « l’Homme », et à ne pas cultiver la « spécificité maternelle » des femmes dans le but unique de justifier, en quelque sorte, leur existence sociale. Et cela touche encore non seulement au droit et aux mentalités, mais d’une manière plus large au fondement de notre culture, qui refuse obstinément de sortir d’une dialectique artificielle et bas de gamme « oppresseur / opprimé », maintenant autour du sexe et de ses représentations toute une toile de phobies culpabilisatrices héritées d’un passé religieux et obscurantiste.

Car en plus de la question du féminisme, dont Marcela Iacub traite dans les grands largeurs, c’est également à celle de la place du sexe dans la société que s’attaque Qu’avez-vous fait de la libération sexuelle ? . Les exemples récurrents de la pornographie et de la prostitution en disent long sur la normalisation que la culture tente d’imposer à la sexualité des acculturés.

En plus des thèmes que nous venons de citer, il faut également évoquer les questions délicates car plus minoritaires telles que l’instrumentalisation de la parole des enfants dans les affaires de pédophilie, la définition même de ladite pédophilie (dont des parents et des associations paranoïaques abusent jusqu’au délire), de la pénalisation du viol (presque autant que le meurtre dans la loi française !) et de la très ténue notion de consentement, que Marcela Iacub traite quasiment comme une scientifique, avec une rigueur dont on oublie trop souvent qu’elle est indispensable dans ce genre de débats.

« Anti-féministe parce que féministe, et inversement », Qu’avez-vous fait de la libération sexuelle ? est, à notre sens, la pierre d’où il faudra partir pour reconstruire ce que les féministes d’hier ont laissé tomber.

Au Figaro, la loi du talion règne

CSP aime beaucoup faire une chose : citer les commentaires de lecteurs qui ornent les articles de nos brillants journaleux. Il faut avouer que c'est un sport passionnant.

Nous mêmes, nous faisons ce petit jeu depuis quelques temps, et nous sommes frappés d'une chose : la violence des commentateurs du Figaro.fr. Pour bien s'en rendre compte, il faut lire tous les comptes-rendus de faits divers (agressions, violences, meurtres). Et sous ces comptes-rendus distanciés, l’ahurissant lamento des lecteurs du Figaro, qui réclament systématiquement la fin de l’indulgence et de la « culture de l’excuse », la pendaison, le rétablissement de la torture, etc.

Si les commentateurs du Figaro étaient magistrats, il y aurait une charrette de cinquante condamnés à mort quotidiens. Et autant d’incarcérés à vie. Leur soif de répression s’accompagne d’un regret de ce temps-jadis où les méchants étaient tués, mis au bagne, où les jeunes étaient bien éduqués, et où on ne trouvait pas des excuses systématiques, dans le contexte social, à la criminalité.

Pas étonnant que les lecteurs d’un journal de droite soient de droite, pourra-t-on rétorquer. Ce qui frappe, ce qui fout la trouille pour être plus précis, c’est le nombre de revanchards, l’interminable litanie des appels au meurtre, et la redondance mécanique, à chaque fais-divers, de ce type de réactions.

Actualité de la barbarie, en somme.

UNEF, pour Syndicat Bayrouiste Jacobin

Oui, nous sommes bien cruels de nous attaquer à l'Union Nationale des Etudiants de France, mieux connue sous le nom d'UNEF, tant cette archaïque institution semble d'ores et déjà vouée à la déchéance pure et simple. Mais la pitié n'est pas notre point fort, et puis l'UNEF demeure le syndicat étudiant majoritaire dans notre Douce France. Penchons-nous donc sur quelques détails expliquant leur attitude pour le moins chaotique pendant le non-événement de la "mobilisation étudiante", organisée en même temps que celle des cheminots et autres défenseurs des régimes spéciaux de retraite.

Tout d'abord, notons que la mobilisation étudiante date non pas de la rentrée, comme prétend le décréter l'UNEF, mais bel et bien de cet été, au moment où le sémillant Bruno Julliard avait eu le courage d'apporter, si besoin était, une caution "dialogue" au gouvernement Sarkozy. Souvenez-vous : en sortant de chez Valérie Pécresse, il s'était extasié devant ses "qualités d'écoute", et voyait se profiler un avenir radieux pour l'UNEF et donc (!) pour les étudiants de gauche sous le quinquennat Sarkozy.

Pendant ce temps, donc, les syndicats de gauche appelaient à la mobilisation contre la Loi Pécresse sur l'"autonomie" et la "responsabilité" des universités, dont l'UNEF avait participé à l'élaboration. La mobilisation commence, lentement, sans le moindre relais médiatique, tandis que la loi est votée à l'Assemblée pendant les vacances.Julliard est content.

Seulement, il se trouve que l'UNEF n'est pas seulement constituée de son courant majoritaire, "social-démocrate", "réaliste", "sarkocompatible", mais également de branches plus radicales et proches des Jeunesses Communistes Révolutionnaires, entre autres. Il se trouve que les branches en question, qui servent un peu de caution gauchiste au syndicat bayrouiste, menacent de s'envoler vers les cieux éternels des syndicats gauchistes tels que SUD étudiant et CNT étudiant pour ne citer qu'eux. Il se trouve que l'UNEF, dont l'électorat attendait au minimum un comportement d'opposition au gouvernement Sarkozy, a perdu son assise électorale parmi les étudiants "de gauche" qui votent pour eux.

Mais tout cela, Julliard and Co. le savaient déjà bien avant de se lancer dans l'épineux projet de copiner avec la Sarkocratie. Pourquoi donc avoir négocié avec Pécresse, en sachant que cela va contre les fondamentaux de l'UNEF et que l'électorat ne sera pas dupe une seule seconde ? La réponse se trouve dans les modalités de la loi elle-même, et plus précisément dans ce que l'UNEF est parvenue à négocier : non pas un projet pour l'université, mais bel et bien un projet pour l'UNEF. Devant la détermination forcénée d'un gouvernement de stackhanovistes ultralibéraux, le syndicat bayrouiste a négocié la dissolution, et donc la réélection, des conseils centraux étudiants (CA, CEVU et CS), de manière simultanée dans toute la France. Ce cas de figure est extrêmement rare, mais l'enjeu en vaut la chandelle car ce sont lesdits conseils qui votent à leur tour pour les élus CNESER (non, nous ne traduisons pas le jargon technique) qui apportent à leur syndicat des subventions considérables, de l'ordre de plusieurs dizaines de milliers d'euros par élu et par an, si l'on en croit une source syndicaliste désireuse de rester dans l'anonymat.

On comprend mieux pourquoi l'UNEF, anticipant avec génie le très imprévisible parachutage de Julliard dans les listes PS des municipales parisiennes, avait tout intérêt à foncer vers la caisse. Car ce n'est pas dans la résistance au gouvernement que l'UNEF risque de s'illustrer, et cela ne date pas d'hier. Déjà pendant le CPE l'UNEF avait récupéré la mobilisation pour en fin de compte flinguer Villepin en négociant avec Sarkozy, ce qui lui a servi la présidentielle sur un plateau. Du coup, grâce à Julliard and his underground beautiful punk sexy band, on n'aura pas le CPE mais le contrat unique. Merci les cocos.

Mais revenons à nos brebis. L'UNEF, en perte de vitesse, négocie avec le gouvernement, en abandonnant son projet fondateur, pour mettre la main sur un maximum de subventions et permettre à ses hiérarques de se hisser dans l'organigramme socialiste afin de capitaliser leur engagement dans le cadre d'un véritable plan de carrière. Or, la mobilisation prend de l'ampleur, et les "mouvements sociaux" commencent à pointer leur nez : que peut donc l'UNEF pour ne pas passer aux yeux de ses contemporains pour un aréopage de rabat-joie, boit-sans-soif, peine-à-jouir etc ? La réponse est bien simple : faire diversion.

Le syndicat des jeunes bayrouistes organise donc, simultamément aux cheminots, une mobilisation de grande ampleur, histoire de ne pas rester dans l'ombre au moment des "tensions sociales", histoire de "s'approprier" le mouvement étudiant. Vu les moyens, les contacts et les relais politico-médiatiques dont dispose la bande à Julliard, l'opération ne s'avère pas d'une grande difficulté. Ce qui est moins évident, c'est de faire croire aux étudiants qu'on ne les prend pas pour des cons en négociant une loi à laquelle on finit par s'opposer, mais le but est moins de convaincre les étudiants politisés que de marquer l'opinion.

A ce moment là, l'UNEF confisque la parole médiatique étudiante et délègue ses représentants sur tous les plateaux de télé de France et de Navarre, où ils se défendent tant mal que mal du caractère "politique" de leur mobilisation, contre l'opinion de la majorité des étudiants mobilisés qui resteront dans l'ombre. Et c'est heureux, car le syndicat bayrouiste universitaire n'a pas vraiment la cote chez les étudiants mobilisés depuis belle lurette et qui voient clair dans leur jeu : ainsi l'Assemblée Générale de Paris 8 a-t-elle voté la dissolution de l'UNEF dès le début de l'ingérence de la tribu Julliard dans le mouvement étudiant. Trop émus sans doute, les médias français n'ont pas cru bon d'en faire état.

Ainsi, deux ou trois manifestations et quelques séances de petits fours chez Pécresse plus tard, Bruno Julliard revient sur les plateaux, la bite en fleur, prévenir ses chers kamarades que la mobilisation est finie parce qu'il a obtenu les compensations qu'il désirait (deux ou trois mini-mesurettes, pour le principe). De plus, à l'en croire, ceux qui continueraient de manifester seraient des crétins "irréalistes", qui "décrédibiliseneraient" le mouvement. Un hasard exquis a voulu que les cheminots de la CFDT abandonnent la grève au même moment.

Cette dernière phase du spot publicitaire de l'UNEF nous a offert en outre un grand moment d'humour lorsque l'éternel Bruno Julliard, sur le plateau du Grand Journal de Canal +, se voit poser par un spectateur la question "où est le PS ?". Pour faire de l'humour, Bruno Julliard regarde autour de lui, dans tous les sens, sous sa chaise, dans le public, dans son cul, avant de statuer : "je ne sais pas, je ne le vois pas".

Aujourd'hui, Bruno Julliard est sur les listes du Parti Socialiste aux municipales du 9ème arrondissement de Paris. Le Syndicat Bayrouiste Jacobin, quant à lui, a massivement envoyé ses VRP dans toute la France, et a triomphé sans gloire aux élections des conseils centraux.

Et, même si ça n'a rien à voir, la mobilisation étudiante continue.

Perpétuité

Yvan Colonna est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. La veuve du Préfet Erignac s'en réjouit tout à fait.

La perpétuité est une condamnation qui consiste à enlever à quelqu'un le sens de sa vie ; mais au-delà, le sens du temps, le sens des jours, le sens des mots, le sens de tout geste. Il s'agit donc d'une forme de supplice particulière, qui est un supplice non-violent qui se révèle, en dernière analyse, la plus affreuse de toutes les manifestations de la pulsion sadique-répressive.

Les belles âmes humanitaristes s'indignent face à la survivance de la peine de mort dans beaucoup d'Etats. Ils ne leur vient pas à l'idée que la réclusion criminelle à perpétuité est une peine aussi barbare que la première, quoique procédant différemment.

Serge Coutel, condamné à perpète, dans l'Envolée :

"Quand tu sais que tu es en train de faire perpète, ce n’est pas simplement un jour après l’autre, non : chaque jour, tu fais perpète en entier, avec les souvenirs anticipant de plus en plus tes souffrances à venir. Et cette solidification des heures, quand elles se cristallisent en une gelée vitreuse... Et la vie qui devient une maladie... C’est la plus terrible institution de notre époque que cette justice, fatiguée de surenchérir sur le crime qu’elle prétend punir, ne crucifiant plus, n’écartelant plus, ne dépeçant plus, n’empalant plus, ne brûlant plus et, même, ne décapitant plus. Il n’y a plus ni fer, ni roue, ni gibet, ni bûcher, ni rien. Ce qui remplace tout, c’est le temps. La vie amputée du temps ! C’est ça la prison : du temps infligé dans sa nudité. On ne tue pas, on laisse mourir."

Le même Serge Coutel ajoutait : "J'en ai marre de voir l'assassin amateur condamné par des assassins professionnels. C'est à en vomir, c'est à en pleurer, c'est à en souhaiter la fin du monde".

Un magistrat qui condamne quelqu'un à la perpétuité est un tortionnaire - et, partant, autant un assassin que l'assassin qu'il condamne.

Prisons : un jour il faudra bien les ouvrir...

Alors que Jean-Marc Rouillan, figure d'Action Directe, écrivain, sort enfin de taule (à moitié, non sans avoir été persécuté par une Administration Pénitentiaire au faîte du sadisme crasse), les prisons françaises sont décrites par le Comité européen pour la prévention de la torture (CPT) comme des lieux de "traîtement inhumain et dégradant".

A l'occasion de cette semi-libération, les journaux télévisés affichent en médaillon la photo sordide de Rouillan il y a plus de vingt ans, histoire d'entretenir les fantasmes sur ce terroriste rouge. Car il pourrait bien récidiver ! C'est du moins l'opinion du Parquet (qui a plusieurs fois fait appel de sa libération conditionnelle). Bouh la vilaine tête :

Il n'est pas commode, le Rouillan, et il pourrait bien reprendre ses activités subversives ! D'autant plus que la prison, c'est rarissime, n'a pas réussi à le détruire. Ses chroniques et ses livres montrent qu'il n'a aucune illusion sur l'état actuel du monde : dehors, c'est le capitalisme, c'est-à-dire, peu ou prou, la merde.

Le rapport sur les prisons françaises montre donc qu'il s'agit d'un lieu de torture, où les conditions de vie diffèrent finalement assez peu de celles d'un goulag.

"A l’unité d’hospitalisation sécurisée du centre hospitalier de Moulins-Yzeure (Allier), la délégation du CPT a constaté que «les détenus étaient systématiquement attachés à leur lit, sans interruption, le plus souvent avec des entraves aux chevilles et avec une main menottée au cadre du lit». Les demandes formulées par le personnel médical pour les enlever, «afin de permettre les soins dans des conditions médicalement acceptables, étaient systématiquement refusées par les surveillants et les policiers accompagnants»" (source)

On s'la fait à la Alain Badiou ?

Nous, à Sabotage, nous ne disons pas que les prisons françaises ressemblent à Auschwitz. Nous disons que ce dont les prisons françaises sont le nom participe de la grande névrose collective de la répression et de la vengeance qui a abouti à Auschwitz. Partout où les hommes sont isolés et enfermés, il y a la pulsion sadique-répressive - et de ce point de vue, toutes les geôles de l'histoire forment un gigantesque continuum. Ce dont elles sont le nom, c'est l'enfer.

Le Plan B nouveau est arrivé !


On l’attendait, le voici. Le journal le plus intéressant de l’Hexagone est paru de nouveau la semaine dernière. Fustigeant :

- La confiscation de la parole publique par les partis de l’Ordre avec la complicité des médias (en s’appuyant sur le contre-exemple de la campagne présidentielle où un minimum d’égalité est de mise dans les temps de parole entre tendances politiques)

- L’ex-communiste et désormais ultra-néo-libéral-conservateur Jacques Marseille qui s’est fait lécheur de boules de l’UIMM le temps d’un bouquin

- Les médias américains dans leur traitement de l’époque du CPE

- Les médias français dans leur traitement des grèves des transports et des universités

- La virginité gauchiste que les BHL, Philippe Val, François Hollande et consorts ont voulu se racheter avec le meeting au Zénith pour combattre l’amendement Mariani

- L’arrivée au Canard Enchaîné de Jean-Michel Thénard, gros ploucard venu de Libé

- La nouvelle gestion de Sciences-Po, qui permet aux riches de donner aux riches

- Robert Ménard, gros trouffion qui se fait passer pour humaniste avec Reporters Sans Frontières tout en cautionnant les pires excès des pouvoirs en place d'un monde « libre » autoproclamé

Le journal est toujours aussi drôle, cinglant et précis dans ses attaques et autres déconstructions. Que gloire lui soit rendue !

Petit jeu : classez les personnalités suivantes par l’ordre croissant dans lequel le Plan B les fusille :

1. Philippe Val

2. BHL

3. Jacques Marseille

4. Laurent Joffrin

5. Robert Ménard

Quand les pro-Opinion Way contre-attaquent

Le lecteur pro-Opinion Way a des arguments, et des lourds. Nous, on a un petit côté conspirationniste - et on est pas loin de penser que les deux anonymes qui se sont fendus de contre-attaques à notre article sont des salariés de la boîte... Ils n'ont, en tous cas, aucune sympathie pour Sarkozy, bien au contraire ! Ce sont juste des passionnés de la vérité sondagière, n'en doutons pas un seul instant.

"Tu oublies le sondage OPinionway LCI / figaro / metro du 5 mai dernier qui sur 30 Millions de sondés a donné Sarko gagnant avec 53.1% des voix... A ces salops de Droite, ils prennent vraiment le peuple pour des cons ..."


30 millions de sondés ? Ils ont les moyens, à OpinionWay ! Lorsqu'on sait qu'un sondage n'a jamais pour but de prédire un résultat mais de donner une image de l'opinon à un instant T, cet argument va typiquement au rebours de la thèse que l'auteur souhaitait défendre. Car si OpinionWay prétend avoir les clés pour anticiper et prédire les résultats électoraux, alors la preuve est faite qu'il s'agit bien de charlatanisme pur et simple. Ajoutons, comme le signalent les autres commentateurs de l'article, qu'un sondage qui fonctionne avec plus ou moins 2% de marge d'erreur se fout de la gueule du monde en donnant des chiffres au dixième de pourcentage près... Ou comment donner l'apparence d'un savant calcul statistique à des résultats grossiers et vagues. Des chiffres précis, un commentaire pseudo-politologique, et hop, emballé c'est pesé !

La deuxième réaction, toute aussi anonyme que la première, nous provient d'un gentilhomme ayant une "formation socio". Travailleur social ? Sociologue ? Sociopathe ? Nous n'en saurons pas plus. Outre le fait qu'il a "prit le temps de faire des recherches". Bigre ! Si avec ça on a pas l'impression d'être en face d'un scientifique présentant toutes les marques de l'objectivité intellectuelle...

"C'est assez étonnant cet intérêt soudain pour cet institut. De formation socio, je cherchais des avis sur les sondages. Alléché par la promesse de scandale de ce blog, j'ai pris le temps de faire des recherches. Et là, le soufflet retombe et c'est assez agaçant.

Tout d'abord, il est difficile de savoir si un institut de sondage dit vrai ou non, à moins de faire... un sondage ou d'attendre les résultats d'élections."

Brillante idée ! Un sondage pour savoir si les sondages sont fiables... C'était simple mais il fallait y penser. L'autre idée est également intéressante : attendre les résultats des élections pour savoir si le sondage "disait vrai". Notre sociologue en peau de lapin devrait le savoir : un sondage n'a jamais pour but de "dire vrai", ni de prédire quoi que ce soit ; il a pour objectif de mesurer l'opinion et ses mouvements. Si l'on suit le raisonnement de notre chercheur au CNRS, un sondage qui prédirait correctement les résultats électoraux par une nouvelle méthode à base de comptage du nombre de poires et de pommes sur un marché, et après des redressements qui s'imposent (un poireau vaut 1,2 pommes et les ménagères de plus de cinquante ans seront sous-représentées dans l'échantillon final à raison d'une ménagère pour deux artisans-taxi), aurait donc "dit vrai". Peu importe la méthode, nous dit l'ami, seuls importent les résultats. Et si les résultats sont justes, ou concordants, c'est que tout va bien.

Quelle subtile épistémologie... Qui n'est pas sans rappeller le fameux "as if" de Milton Friedman : toute cuisine intello, même la plus fantaisiste, se justifie si ses résultats sont plausibles. Bravo ! Et cet argumentaire est également celui... d'OpinionWay itself ! C'est là que notre théorie du complot nous séduit particulièrement. Car souvenons-nous de la réaction d'OW à leurs bricolages sur les débats internes au PS : "A OpinionWay, on est plutôt contents du résultat : « les chiffres corroborent ceux des autres instituts »". Tant qu'on est pas trop loin des autres, tout va bien.

"Il se trouve que les sondgaes électoraux de cette boîte attaqués avant les élections ont donné des résultats quasi parfaits, et dans la moyenne des autres sondeurs (auraient-ils piégé les urnes ou fabriqué l'opinion ?)."

Des résultats "quasi-parfaits" ? Wahou ! Et "dans la moyenne des autres sondeurs". Quand on pense que les sondages sont déjà de grossières moyennes, être dans la moyenne des moyennes est effectivement un signe de "quasi-perfection".

"Pour ce qui est de leur panel, il est plus réaliste de l'évaluer à 40000 qu'à 2000. Tous ceux qui disposent d'un minimum de formation sur le sujet t'expliqueront qu'avec 40000 personnes c'est déjà difficile de réaliser un sondage par mois alors 2000..."

Tiens, encore du métadiscours du genre "je dispose de la vérité sociologique et pas vous". Marrant, ça. Surtout que l'argument est d'une nullité sans pareille. Que vient faire le "réalisme" dans tout ça ? Quel est le chiffre exact donné par OW sur son super panel ? A partir de quand appartient-on de fait au "panel" en question ? Quand on a cliqué sur un sondage online ? Quand on reçoit un petit cadeau ? Quant à dire que c'est difficile de réaliser un sondage avec 40 000 répondants virtuels, c'est précisément ce que nous disons.

"Comment expliques-tu que Marianne serait mieux informé que les dirigeants de cette boîte et ses clients (crois-moi que dans cet univers les clients ne sont pas des imbéciles et se renseignent). A moins bien sur de considérer que Marianne est un canard totalement indépendant, apolitique et suffisamment professionnel pour ne jamais se tromper (il y a pas mal de tribunaux qui en ont décidé autrement ces dernières années)."

Une première couche dans le genre "On peut pas savoir", "tout est dans tout est réciproquement", "y'a du vrai partout", "personne n'a le monopole de la vérité", etc. Un discours hautement sociologique et rigoureusement scientifique. Un argumentaire béton.

"Aurais-tu un exemple précis d'un résultat sorti par cet institut et qui soit contredit par un autre de façon significative, au même moment, avec une question comparable ?"

Non. Ce raisonnement est d'ailleurs tout à fait pervers. Il revient exactement à celui qui consiste à dire que OW avait fini par sortir, après deux-cent cinquante "politoscopes", comme ils disent, un chiffre concordant avec les résultats de la présidentielle. Ce n'est pas parce qu'il y a un sondage "bon" (avec beaucoup de guillemets) qu'on peut dire qu'OW est globalement fiable. En outre, comparer des sondages entre eux, c'est comparer des échantillons différents, des méthodes différentes, des moyennes et des redressements différents - donc des pommes avec des poires. Quand bien même il y a concordance dans leurs résultats, cela ne démontrerait que mieux l'absence totale de scientificité des sondages.

"Dernière chose, quand on se renseigne sur cet institut, on remarque que s'ils ne sont pas nouveaux, c'est un des plus récents (2000) et qu'ils sont en train de se développer très vite (ça c'est le marketing car le politique ne paye pas), attention à ne pas se faire manipuler par des concurrents qui voudraient s'en débarrasser à bon compte. Ca s'appel de l'intelligence économique, un truc vieux comme le monde. Quand on veut se débarrasser de son chien on dit qu'il a la rage."

Mais bien évidemment ! Sabotage est "manipulé" par Roland Cayrol de CSA (détenu par Bolloré) et par Pierre Giacometti d'Ipsos (présent à la soirée Sarkosy du Fouquet's) !

"Franchement, les sondages ne sont pas parfaits, poser une question plutôt qu'une autre, à un moment plutôt qu'un autre, prête le flanc aux critiques, mais les journalistes ne sont pas parfaits non plus, les sociologues très variables (Elisabeth Teissier a un doctorat !) et l'avis de ma concierge non plus. Quant aux blogs... A ce train là on supprime tout droit à la parole. Les dictateurs de droite comme de gauche se chargent généralement très bien de cette tâche.
Il faut rester vigilants, mais aussi apporter un minimum de preuves et non des suputations sinon, à force de crier au loup et de flinguer tout ce qui ressemble à l'expression du peuple..."

Voilà la deuxième couche relativiste, du genre "On peut pas se prononcer", "les sondages se trompent peut-être mais Yvette Horner aussi (donc c'est pas grave)", etc. Epatante démonstration !

"En 2002 tout le monde s'est foutu de la gueule des sondeurs (en oubliant de remarquer qu'à 0.2% prêt Jospin serait passé devant), cette année ils ont donné des résultats très fiables dès janvier. Ségolène s'est énervée contre les sondages mais si tu vas sur son site partisan segoloscope, tu constateras que lorsque les sondages lui sont favorables, elles les utilise en boucle."

En 2002, les sondages se sont trompés mais ils étaient pas loin d'avoir raison ! Bravo !

"Il faut savoir faire la part des choses. A force de flinguer à tout va cet espace de liberté bien nécessaire qu'est Internet va finir par perdre toute sa crédibilité."

Une troisième couche - "faire la part des choses", "chacun dit sa vérité", "si ça existe c'est que ça doit être vrai", etc. A quand "OpinionWay a droit au respect qui échoit à toute entreprise engageant des personnes humaines" ? Avec de si solides arguments, notre contradicteur ne doit pas se faire de souci pour son doctorat en sociologie électorale.

"Si tu as des exemples précis qui prouvent qu'ils bidonnent, donne-les !!!"

D'un mot, pour finir : OpinionWay ne "bidonne" pas, OpinionWay alimente en chiffres fantaisistes et farfelus des organes de presse de grande diffusion en pratiquant des méthodes totalement dépourvues de scientificité, en orientant les questions et en fournissant des interprétations grotesques et politiquement marquées.


AJOUT 17h00 : Sur le site d'OpinionWay, ce petit mot : "OpinionWay a été injustement mis en cause par Madame Royal dans son livre "Ma plus belle histoire, c'est vous". Les dirigeants ont tenu à lui adresser une lettre de mise au point."

Voici la lettre en question.

Bruno Julliard, futur maire-adjoint de Paris

Bruno Julliard démissionne de l'UNEF. Savez-vous pourquoi ? Parce que Bertrand Delanoë lui a proposé le poste de maire-adjoint de Paris pour 2008.

Pourtant, le nul de l'UNEF, pro-Pécresse et complaisant avec le sarkozysme de façon totalement inédite pour un syndicaliste étudiant, n'aime pas beaucoup le PS : dans le Grand Journal de Denisot, on lui pose la question "Il est où, le Parti Socialiste ?". Julliard se retourne et cherche sous son siège... Sympa !

Julliard était également mandaté, par Pécresse, pour "faire passer" en douceur la loi LRU auprès des syndicats plus radicaux ; en se raccrochant à la mobilisation pour réclamer seulement des "compensations".

Il a également dû s'engager "contre" la loi LRU qu'il avait contresigné pour assurer la réelection des membres de l'UNEF qui a lieu dans quelques semaines...

Quel panache. Bruno Julliard est un homme aux nobles engagements, qui ne transige pas avec ses convictions personnelles, et ça fait zizir.

Pour en finir avec Opinion Way

L'heure est enfin venue pour nous, Sabotage, d'évoquer le cas d'une institution d'aujourd'hui que l'on ne sabotera jamais assez et qui porte le doux nom d'OpinionWay.

Il suffit de taper Opinion Way sur le moteur de recherche du gratuit Métro. Les résultats ? "Les Français plebiscitent la majorité" ; "Le gouvernement Fillon 2 plaît aux Français" ; "Les Français satisfaits à 64% de l'action de Sarkozy", etc.

Tentons la même opération au Figaro. "Les Français demandent à l'exécutif de ne pas céder" ; "Les Français plebsicitent le style et l'action de Sarkozy" ; "Politoscope : la nomination de François Fillon approuvée" ; "Politoscope : Sarkozy plus crédible que Royal" ; "Sarkozy creuse l'écart avec Royal", etc.

Réitérons, parce qu'on comprend vite mais qu'il faut nous expliquer longtemps, l'opération sur LCI, autre client d'Opinion Way. "Trois quarts des Français convaincus par Sarkozy" ; "Les réformes, il faut les faire !" ; "Débat : Sarkozy jugé "le plus convaincant"" ; "Sarkozy convaincant, même à gauche" ; "L'ouverture, les Français aiment ça" ; "Sarkozy grand gagnant de la semaine", etc.

Opinion Way bouffe du Sarkozy tous les jours, à toutes les sauces. C'est également Opinion Way qui a établi que "les Français" n'étaient pas choqués par les vacances sur le yacht de Bolloré ; ou qu'ils approuvaient en masse le fameux "Ministère de l'Immigration et de l'Identité Nationale" et les bienheureux tests ADN (relire notre article sur ce sujet).

Le sondage est une technologie de maîtrise symbolique des opinions et des représentations médiatiques de la politique. Nicolas Sarkozy l'a bien compris, qui, en plus de consommer plus de sondages et d'enquêtes qu'aucune autre bête politique, s'est tout simplement créé un institut de sondage bien à lui - c'est pratique.

La société de sondage Opinon Way est dirigée par Hugues Cazenave. Celui-ci travaillait précédemment à Infométrie, boîte de conseil en communication politique qui a déjà eu pour client l'ancêtre de l'UMP : le RPR. "Quand je rencontre mes clients du RPR ou du CDS, explique Hugues Cazenave, directeur général d'Infométrie (conseil en communication politique), je dois montrer que j'appartiens au même monde qu'eux", explique l'homme à l'Expansion - c'est Sabotage qui souligne.

Quel était exactement le "coeur de métier" d'Infométrie ? "Cette dernière société a été créée vers 1980 par deux universitaires, Jean-Marie Cotteret (qui fut membre du Conseil Supérieur de l'Audiovisuel de 1985 à 2001), et Gérard Ayache, actuel président [...]. Infométrie semble maintenant plutôt spécialisée en optimisation de sites web, mais elle était à l'époque « conseil en communication politique ». Il semble que M Cazenave ait été un « coach » de l'UMP concernant la « lexicologie », c'est à dire le bon langage à utiliser pour toucher les foules." peut-on lire ici.

Quant au Canard Enchaîné, il révèle que Cazenave a tout simplement commencé sa carrière au cabinet de Gérard Longuet en 1986 (source). Gérard Longuet est un RPR-UMP, ancien d'Occident (le groupuscule d'extrême droite où était également Devedjian et quelques autres), et accessoirement beau-frère de Bolloré himself.

Comme tout homme de droite, Cazenave dispose de beaucoup d'amis à droite. Au sein de la société Novosphère, qu'il codirigeait, on compte parmi les administrateurs
Thierry Laurens et Alexandre Basdereff, proches de Jacques Chirac, ou encore un conseiller municipal UMP du 17ème arrondissement (source, 25/05/2007).

Bref. Un homme de droite, travaillant avec la droite : jusque là rien de choquant. Le cas de Cazenave est assez répandu. Les instituts de sondage sont des entreprises à but lucratif, on voit mal pourquoi leurs dirigeants seraient de grands déontologues au coeur gros comme ça. Quand bien même le chef de l'institut est également "lexicologue" pour l'UMP ? Quand on dirige une entreprise médiatique, on tente un minimum de se donner une apparence d'indépendance. Visiblement, Cazenave s'en tape. De même que Lagardère ne nie pas être le "frère" de Sarkozy.

Les méthodes d'Opinion Way, qui donnent de si (d)étonnants résultats, sont il est vrai légèrement spécifique. Car ces sondages, qui sont éructés en Une du Parisien, de Métro ou du Figaro, ou bien assénés dans quelques journaux télévisés ; et bien ces sondages se font, tenez-vous bien, par internet. En échange de cadeaux. Un procédé on ne peut plus scientifique et objectif (quand on pense que même les sondages traditionnels, faits in vivo et sans cadeaux sont à peu près aussi scientifiques que la méthode de relaxation par ouverture des Shakras, ça prête à sourire).

Dans un Stratégie de 2001, voici ce que répond Cazenave :
“Les internautes sont-ils rémunérés pour participer aux enquêtes ?

Hugues Cazenave : En général, oui.
Les Français savent que leur avis a une valeur. Proposer un incentive (ces cadeaux, promotions, points de fidélités que nous offrons aux gens en échange de leur participation à nos enquêtes) est devenu incontournable. Mais il convient de suivre quelques règles : choisir l’incentive qui correspond à sa cible (une bouteille de vin séduira plus les hommes que les femmes), savoir le doser en valeur (un cadeau trop cher attirera un certain type de population), etc. De manière générale, la pratique de l’incentive devrait se généraliser, quel que soit le type d’étude. C’est la seule façon de lutter contre la baisse tendancielle des taux d’acceptation des enquêtes sur échantillon.

Les
résultats ne risquent-ils pas du coup d’être un peu faussés ?

Hugues Cazenave : Soyons clairs : il n’y a pas d’étude parfaitement neutre. Mais ne nous y trompons pas : ceux qui acceptent de répondre sans incentive ont également un profil un peu marqué : ils sont généralement âgés ou à la retraite, etc.”
(source)

En un mot : on peut faire n'importe quoi, tout bien mélanger dans un grand shaker sarkozyste, peu importe puisque de toutes les façons on est jamais neutre à 100%. D'ailleurs, Opinion Way est fondé par des anciens d'Ipsos et est membre du SYNTEC (syndicat patronal de la branche d'activité des études informatiques et technologies de l'information), branche du Medef (dont la présidente est Laurence Parisot) - (source). Neutre ? Certes non ! Mais puisque c'est par nature impossible, assumons notre gai sarkozysme !

Il nous semble qu'il faudra rappeller à Opinion Way qu'un sondage qui se fonde sur la volontariat et la rémunération des répondants fausse de façon ahurissante ses résultats. Tout le monde ne dispose pas d'une connexion internet. Tout le monde n'a pas envie de répondre à des dizaines de questions hebdomadaires portant sur le "style" de Nicolas Sarkozy et de son fringuant gouvernement (naïvement, on serait tenté de dire que les militants UMP doivent être plus motivés à partiticper à Opinion Way que, disons, les artisans taxi n'ayant aucun intérêt pour la politique). D'autant que l'internaute peut dire à peu près ce qu'il veut sur sa catégorie socio-professionnelle, son âge, son sexe et son "background politique" (et d'ailleurs, la gauche et les sympathisants de gauche adorent Sarkozy, avec Opinion Way).

Cazenave, "lexicologue", sait très exactement quels termes il faut choisir pour faire dire à un pseudo-sondage ce qu'on veut qu'il dise. C'est ce que disaient Rebsamen et Bianco, les deux codirecteurs de campagne de Royal après le débat : Opinion Way avait volontairement choisi ses termes pour favoriser la soi-disante maîtrise de soi de Sarkozy contre l'impulsivité de Ségolène Royal. Si le terme en avant avait été "dominé" - (qui a dominé le débat ?), le résultat n'aurait sans doute pas été le même qu'avec le mot "maîtriser". On connait les autres biais des instituts de sondage : "Acceptez-vous d'être pris en otage par les grévistes ?", etc. Soyons-en certains, Opinion Way ne se prive pas de ces grossières ficelles pour créer des sondages qui fonctionnent comme autant de self-fulfilling prophecies.

Opinion Way fonde ses "sondages" sur un super-panel d'internautes. La méthode de l'institut sarkozyste a récemment été disséquée dans un hebdomadaire centriste-libéral, celui de Jean-François Kahn, et la scientificité des méthodes et l'objectivité sautent aux yeux :

"Y a-t-il un militant dans la salle ?
Deux jours après le premier débat socialiste du 17 octobre, Le Figaro titre donc « Le débat avantage DSK sans détrôner Royal ». Argument : l'enquête OpinionWay, publiée à grands renforts de graphiques, place Ségolène Royal en tête avec 63% des suffrages, suivie d'un DSK à 32% et d'un Laurent Fabius dans les limbes à 5%. Mais déjà, la première nuance pointe son nez dans une notice écrite en tout petit au bas de l'étude. Les personnes interrogées sont des « sympathisants socialistes » - comme c'est le cas chez tous les instituts de sondages - et non des militants ou des adhérents. Elles n'ont donc aucun lien avec ceux qui mettront effectivement leur bulletin dans l'urne du Parti pour en désigner le candidat. Interrogé, Bruno Jeanbart, directeur des études politiques et responsable de ce sondage chez OpinonWay, nous explique d'ailleurs ce qu'est un « sympathisant » : « c'est quelqu'un qui se déclare proche des idées du PS ». Sans autre preuve que sa bonne foi…

Un PS très sympathique
Allons plus loin. D'où sortent ces « sympathisants » ? Ils sont extraits du « New panel», un vivier d'environ 2000 personnes, que l'institut de sondage interroge régulièrement… uniquement par Internet. Sur 2000, ils étaient environ 600 à se sentir « proche des idées du PS », soit 30%. Un chiffre plutôt encourageant pour les socialistes : si on l'étendait à la France entière en âge de voter, on obtiendrait environ 15 millions de « sympathisants PS » ! Si ce n'est que le Parti socialiste n'offre pas de chèques cadeaux. A l'inverse, OpinionWay n'hésite pas à rémunérer ceux qui répondent à ses questions par des avoirs, appelés « beenz », qui varient généralement entre 30 et 100 euros. Mais Bruno Jeanbart assure que cela ne modifie pas les résultats. Tant mieux, car la suite est encore plus troublante.

Plus fort que la Star'ac
Sur ces quelques 600 sympathisants, 401 ont regardé le débat du PS. Un audimat record, qui ne lasse pas d'étonner si on le compare à l'audience nationale du fameux débat. Selon Le Parisien-Aujourd'hui en France, environ 680 000 personnes ont en effet regardé le premier show du PS, le mardi 17 octobre. 250 000 sur LCI, 430 000 sur La chaîne parlementaire et BFM TV. Une audience très faible qui n'a rien d'étonnant. D'une part, seuls 40% des Français reçoivent l'une de ces trois chaînes, d'autre part le débat n'intéresse pas tout le monde. A l'inverse, près des deux tiers des sympathisants PS sondés par OpinionWay ont regardé le débat. Or si les deux tiers des sympathisants socialistes, au sens défini par le sondeur, en avaient fait autant dans la réalité, ils auraient donc été 10 millions devant leur téléviseur ! Cherchez l'erreur...

Résumons nous : c'est donc sur la base d'un panel de 401 « sympathisants » PS, tous équipés d'Internet, ayant tous accès à des chaînes non hertziennes – et à ce titre tout à fait représentatifs de la population - bénéficiant de chèques cadeaux s'ils assurent avoir regardé le débat, que Ségolène Royal s'est donc retrouvée en tête selon LCI et Le Figaro. A OpinionWay, on est plutôt contents du résultat : « les chiffres corroborent ceux des autres instituts ». Et en plus « le sondage n'a pas été vendu à perte ». Tout est dit."

On aimerait ajouter quelque chose, pour ne pas laisser notre sympathique lecteur sur les palabres d'un gratte-papier de la rédaction de JFK, mais il n'y a visiblement rien à ajouter. Voilà l'exploit d'OpinionWay : rendre pertinent et """poil à gratter""" l'une des publications les plus réactionnaires de l'Hexagone. Applaudissons !

Le dernier CQFD est sorti !

A savourer dans cette excellente livraison du canard marseillais :

- Un défonçage de Michel Onfray : "Qu'est-ce qu'Onfray sans lui ?". En tant que saboteurs, nous aurions certes rajouté pas mal de choses contre le gros porc de l'hédonisme cheap, mais c'est un excellent début.

- Un dossier sur la prison, sujet rarissime dans la presse du système. Et cette prouesse de créer un parloir sauvage, où les taulards ont pu discrètement faire passer leurs lettres à la rédaction grâce à des proches... Un truc à refaire et à institutionnaliser. Sans parler de l'interview de ces héros qui font l'Envolée, le canard carcéral censuré par l'Administration Pénitentiaire...

- Dans le courrier des lecteurs, cette anecdote : un lecteurs tague gentiment une affiche locale de l'UMP avec les mots "Union pour un Monde Précaire". La flicaille l'interpelle : "Avez-vous bu de l'alcool ou pris des produits stupéfiants ? Vous ne savez pas ce que c'est que la démocratie ? Vous êtes de gauche, c'est ça ? Vous êtes communiste ?". La police se politise de plus en plus, en plus de devenir un repère d'intellectuels post-situationnistes.

- On ne citera même pas ce qui fait la chair de CQFD, toutes les brèves au vitriol, les encadrés et les citations, autant de coups de ciseaux jouissifs dans la lisse étoffe du Parti de la presse et de l'argent.

Bref, que ceux qui ne comptent pas verser 2 €, oh, pardon 3 € (apparemment ça a augmenté, ces gratte-papier bolcheviks n'ont donc aucun scrupule ?) pour s'offrir CQFD se tirent immédiatement de ce blog.

Anti-grévistes, vos gueules

Cet excellent manifeste, ravageur et catastrophique pour le discours médiatique et politique dominant, a été exhumé par le Kamarad Vive le Goulag sur ce blog d'Alternative Libertaire. Un joyau, une merveille, un tas de merde délicatement déposé sur le crâne de Christine Bravo et sur tous les acolytes du système, en passant par le pouvoir médiatique, France Sphincter et Rance Culture en tête.


Anti-grévistes, vos gueules

La grève des transports pour la défense des retraites donne l'occasion à la droite de vomir sa bile haineuse. Micros et caméras pataugent dans la fange des inepties des anti-grévistes. Il faut répondre aux pires de ces délires.

"C'est une prise d'otages!". Non. Une prise d'otage, c'est si on t'enferme dans une cave, menotté au mur, cagoulé, et que régulièrement on vient te foutre un pistolet sur la nuque en te menaçant de te buter parce que ta famille ne paye pas. C'est ça, une prise d'otage. Là, il s'agit simplement d'une grève.

"On nous empêche de travailler!". Non. Il n'y a pas de piquet de grève devant chaque entreprise. Personne n'est empêché de travailler. Simplement il faut nous démerder tous seuls pour nous déplacer, sans les cheminot-e-s et les traminot-e-s. Au passage, la situation illustre l'absurdité totale de l'aménagement du territoire qui consiste à loger les travailleurs et travailleuses à l'est de Paris et à placer leurs entreprises à l'ouest. Si habitation et travail étaient plus harmonieusement organisés, les transports ne poseraient pas tant de problème.

"Supprimer les régimes spéciaux, c'est une question d'équité". Non. C'est une question de dumping social. L'équité, ce n'est pas aligner sur le pire régime, mais sur ce qu'on peut faire de meilleur pour le plus grand nombre. Et l'équité n'est pas non plus à géométrie variable. Si la préoccupation réelle du gouvernement Sarkozy était l'équité, il instaurerait un salaire unique. Puisque tou-te-s les travailleurs/euses sont sensés cotiser le même temps pour leur retraite, pourquoi donc ont-ils et elles des salaires différents?! Voilà pour le coup qui est bien inéquitable! Allez, hop, tout le monde aligné sur le salaire moyen (1903 euros par mois en 2005), y compris le président de la République qui vient de se tripler son salaire pour gagner 10 fois ce salaire moyen!

"La mondialisation oblige à supprimer les régimes spéciaux". Non. Ceux et celles qui pensent ça sont donc prêt-e-s immédiatement à toucher un salaire chinois ou indien, puisqu'"avec la mondialisation on n'a pas le choix"? Bonne nouvelle pour leurs collègues qui vont pouvoir se partager la différence! La mondialisation n'est qu'un prétexte pour cacher des choix purement idéologiques.

"Avec l'allongement de la vie, il faut bien travailler plus longtemps". Non. La productivité augmente plus vite que l'espérance de vie. Donc la richesse existe pour financer largement cet allongement de l'espérance de vie. Simplement il y a un choix politique idéologique: laisser les capitalistes, les actionnaires, les possédants, accaparer cette richesse supplémentaire au lieu de la distribuer à ceux et celles qui ont contribué à la produire.

"C'était une promesse de campagne, être contre est anti-démocratique". Non. La démocratie, ce n'est pas tout est à prendre ou à laisser. La démocratie, c'est l'élaboration collective du fonctionnement de la société. Il n'y a pas de débat sur cette question, mais un passage en force du fait d'une lubie d'un seul homme. La démocratie, ce n'est pas un chèque en blanc.

"L'opinion publique est contre cette grève, les sondages le prouvent". Non. Un sondage n'a jamais rien prouvé. Tout dépend de la manière dont on pose la question. Demandons si vous pensez normal de travailler plus pour gagner moins. 99% de Non! Donc 99% de gens contre la contre-réforme des retraites de Sarkozy.

Alors les anti-grévistes, vos gueules! Arrêtez vos arguments de pilier de comptoir sans logique. Faites-vous greffer des neurones! Et soutenez plutôt ceux et celles qui sont en train de se battre pour le droit à la retraite de tous et toutes.

Car il faut être soit complètement stupide, soit totalement malhonnête pour imaginer que le gouvernement Sarkozy s'arrêtera aux régimes spéciaux. C'est l'ensemble du régime de retraite par répartition qu'il veut détruire pour faire plaisir aux actionnaires des assurances privées. Dès qu'il en aura fini avec les régimes spéciaux, c'est le régime général qui passera à la moulinette de l'allongement de la durée de cotisation (encore!) et de la réduction des pensions (encore et toujours!). Alors bien sûr que c'est chiant, crevant, exaspérant de devoir se débrouiller sans les transports en commun pour se déplacer. Mais les responsables, ce sont les saboteurs des retraites: Sarkozy, Fillon et Bertrand.

Battons-nous maintenant si nous ne voulons pas bosser jusqu'à ce que mort s'en suive!

Grève : la pensée de droite au piquet

Vous avez raté le "traîtement médiatique" des grèves des cheminots et des blocages étudiants ? Pauvre de vous ! Quel spectacle... Le journaliste s'est lâché, il s'est offert un véritable défonçage gore des "privilégiés" qui font la grève, il a explosé tous les records de violence et a enfin pu lapider médiatiquement les "preneurs d'otage", et putain ça lui a fait du bien !

Lâchage intégral, donc, pour les journaleux ; lynchage intégral pour les grévistes, par conséquent : Jean-Pierre Pernaud, Jean-Marc Morandini, Jean-Pierre Elkabbach (cliquez, cliquez ! Découvrez le beau visage de la France journalistique qui travaille)... Sans parler de la présentatrice de LCI (où tous les "télés(p)ectateurs" interrogés bourrinaient la gueule de Maryse Dumas (CGT) et encensaient "l'équité de la réforme", promue par Jacques Marseille, l'ancien tiers-mondiste devenu sarko-historien de la fin de l'Histoire néolibérale).

Même Christine Bravo, brave chroniqueuse insignifiante sur France 2, hurlait à la représentante des étudiants "Mais est-ce que c'est DEMOCRATIQUE d'empêcher les gens qui veulent bosser de bosser ?". Réponse timide de la jeune vierge : "C'est un faux débat...". Hurlement de Bravo : "Mais REPONDS-MOI, est-ce que c'est DEMOCRATIQUE ?". Bafouillements, évidemment.

Nous, à Sabotage, on aurait suggeré cette réponse : "Non, c'est pas démocratique. La logique de mouvement social n'est pas une logique de démocratie participative. C'est une logique de rapport de force. Point barre." De quoi assécher le gosier furibard de l'intellectuelle Christine Bravo...

N'oublions pas non plus le héraut masqué des luttes néolibérales : Jean-Michel Aphatie. Un pinochetiste échevelé derrière une bouille de méridional débonnaire... L'analyse d'Aphatie, très souvent, consiste en un culturalisme français, sur le mode "En France on est comme ça", "Nous sommes le pays de la grève et des conflits", "Cocorico, nous nous prenons pour les maîtres du monde", etc. Une sorte de raillerie permanente contre les "prétentions françaises", la "culture française" antimondialiste et soviétisante.

Cet idéologème culturaliste, essentiellement fallacieux (postuler une "culture française" de la grève et du conflit revient à essentialiser, voire à génétiser des comportements socialement construits, à unifier sous la férule d'un signifiant-maître des multitudes de comportements éclatés et différenciés, etc., etc.) a une origine bien précise. La sociologie libérale française des années 1980, en la personne de Michel Crozier.

Lisons ensemble les joyeux titres de la bibliographie de Crozier : "Le Phénomène bureaucratique, Paris, Le Seuil, 1963" ; "La Société bloquée, Paris, Le Seuil, 1971" ; "On ne change pas la société par décret, Paris, Fayard, 1979", etc., le reste est à l'avenant. L'idée de Crozier : il y a une "culture française", essentiellement bureaucratique, qui bloque la société. "En France", les choses se passent par le conflit, c'est une spécificité, c'est dans nos gènes.

Aphatie ne fait que reprendre cette vision vieillotte et sociologiquement disqualifiée, sans s'en rendre compte, bien évidemment - inculture oblige.

Or, l'image de la France comme ultime Corée du Nord au coeur de l'Europe, comme pays de la Grève et du conflit social, comme bastion des syndicats staliniens paralysants s'effrite un peu plus : "Le mythe d'un pays gréviste" est totalement déconstruit dans cet article de Libération (source). Et avec ce texte, c'est tout un pan mobilisateur de la pensée de droite qui s'effondre...

"La France serait une nation «grévicultrice» : le pays du «droit de paralyser» (le Figaro, 17 février 2004), qui préfère la «guerre sociale aux compromis» (le Monde, 26 mai 2003) et souffre d’une «forme d’infirmité que ne partagent pas nos voisins européens» (Christine Ockrent, les Grands Patrons, 1998) car «nul autre pays occidental ne se comporte ainsi» (l’Express, 5 juin 2003). Un bref rappel de la réalité historique et statistique de ce phénomène n’est donc pas sans intérêt.

Premier élément du mythe, la France serait un pays de grévistes. Le nombre de journées individuelles non travaillées pour fait de grève était de 4 millions en 1976, 3,5 millions en 1984, 2,1 millions en 1988, 900 000 en 2000, 1,2 million en 2005. En dehors de pics spécifiques (1982, 1995, 2001), l’ampleur et la fréquence des mouvements sociaux ne cessent de diminuer alors même que la population active ne cesse d’augmenter. La fonction publique se substitue par ailleurs progressivement aux salariés privés dans le cadre des conflits sociaux. En 1982, 2,3 millions de journées grevées étaient comptabilisées dans le secteur privé, pour 200 000 seulement dans le secteur public. En 2005, 224 000 dans le privé pour 1 million dans le public. La part du public dans les mouvements sociaux est passée de 3 % dans les années 70 à 30 % à la fin des années 80 puis à 60 % à compter du milieu des années 90.

[...] Dans le secteur privé, les 224 000 journées de grève en 2005 représentent, à l’aune d’une population active de 16 millions de salariés, 0,01 journée par salarié et par an. Sur une carrière professionnelle de quarante années, un salarié français fera donc grève moins d’une demi-journée, un fonctionnaire moins de quatre jours. Des chiffres à comparer avec les trente-trois millions de journées non travaillées pour cause de maladie en 2005. La grève apparaît cent quarante-sept fois moins pénalisante pour notre économie que les arrêts maladies. La réalité est donc fort éloignée des phénomènes massifs souvent évoqués.

Second élément du mythe, la France recourrait davantage à la grève que ses voisins. Sur la période 1970-1990, la France est onzième sur les dix-huit pays les plus industrialisés en termes de journées non travaillées pour fait de grève. Avec 0,15 journée grevée par salarié et par an, elle est 7,6 fois moins conflictuelle que l’Italie (première), 3,2 fois moins que le Royaume-Uni (septième), 1,6 fois moins que les Etats-Unis (huitième). Sur la période récente (1990-2005), la France demeure onzième sur dix-huit, avec une conflictualité qui s’est effondrée (0,03 journée de grève par salarié et par an) et demeure toujours inférieure à la moyenne (0,04 journée grevée). Les modèles nordiques – réputés en France pour la qualité du dialogue social qui y régnerait – se situent en tête du classement : le Danemark est premier, la Norvège quatrième et la Finlande septième. Ainsi la «flexsécurité», tant vantée par les dirigeants français, semble caractérisée par un niveau de conflictualité nettement plus important. Un paradoxe qui ne semble pas intéresser les défenseurs de son introduction progressive dans notre pays. La France, en dessous de la moyenne des pays industrialisés, n’est certainement pas le berceau de la «gréviculture» décriée par nos médias et nombre de nos politiques.

Troisième élément du mythe, les grèves françaises se caractériseraient par des journées nationales destinées à paralyser l’activité économique. Sur la période 1970-1990, les conflits localisés représentaient 51,2 % des journées non travaillées pour fait de grève, loin devant les 34,9 % de conflits généralisés (propres à une profession) et les 13,9 % de journées nationales d’action. Sur la période plus récente (1990-2005), les conflits localisés représentent 85 % des grèves, pour 14 % de conflits généralisés et seulement 1 % de journées nationales ! La France est treizième sur dix-huit en termes de mobilisation des grévistes. Que pouvons-nous en conclure ? Pays le plus faiblement syndicalisé de l’Union européenne, marqué par un taux de chômage élevé et une hostilité croissante des médias à l’égard des mouvements sociaux, la France n’est pas un pays de grévistes. [...]"

Ce texte qui délabre violemment les impensés droitiers est signé François Doutriaux, enseignant en droit privé. Il est sacré Saboteur du jour. Les hystéries et lynchages médiatiques et droitiers contre les grèves sont tout simplement une façon de construire (et de fantasmer) un prétendu soviétisme français pour mieux pouvoir équarrir l'Etat social. C'est le même procédé qui est à l'origine de bien des fabulations droitières : le fantôme de la dette publique, ou encore le mythe du trou de la sécu. Autant d'idées-forces, fausses, qui structurent la pensée de droite et l'autorisent aujourd'hui à concentrer tous les pouvoirs...

On aurait pu penser que le rôle des journalistes serait, précisément, de déminer ces préjugés et ces mensonges. Las, ils s'en donnent à coeur joie pour les renforcer et les sédimenter comme autant de manifestations d'un "bon sens" populaire.

Saboter ces mythes, voilà notre viatique... Et en attendant, grève illimitée !