Pour en finir avec Opinion Way

L'heure est enfin venue pour nous, Sabotage, d'évoquer le cas d'une institution d'aujourd'hui que l'on ne sabotera jamais assez et qui porte le doux nom d'OpinionWay.

Il suffit de taper Opinion Way sur le moteur de recherche du gratuit Métro. Les résultats ? "Les Français plebiscitent la majorité" ; "Le gouvernement Fillon 2 plaît aux Français" ; "Les Français satisfaits à 64% de l'action de Sarkozy", etc.

Tentons la même opération au Figaro. "Les Français demandent à l'exécutif de ne pas céder" ; "Les Français plebsicitent le style et l'action de Sarkozy" ; "Politoscope : la nomination de François Fillon approuvée" ; "Politoscope : Sarkozy plus crédible que Royal" ; "Sarkozy creuse l'écart avec Royal", etc.

Réitérons, parce qu'on comprend vite mais qu'il faut nous expliquer longtemps, l'opération sur LCI, autre client d'Opinion Way. "Trois quarts des Français convaincus par Sarkozy" ; "Les réformes, il faut les faire !" ; "Débat : Sarkozy jugé "le plus convaincant"" ; "Sarkozy convaincant, même à gauche" ; "L'ouverture, les Français aiment ça" ; "Sarkozy grand gagnant de la semaine", etc.

Opinion Way bouffe du Sarkozy tous les jours, à toutes les sauces. C'est également Opinion Way qui a établi que "les Français" n'étaient pas choqués par les vacances sur le yacht de Bolloré ; ou qu'ils approuvaient en masse le fameux "Ministère de l'Immigration et de l'Identité Nationale" et les bienheureux tests ADN (relire notre article sur ce sujet).

Le sondage est une technologie de maîtrise symbolique des opinions et des représentations médiatiques de la politique. Nicolas Sarkozy l'a bien compris, qui, en plus de consommer plus de sondages et d'enquêtes qu'aucune autre bête politique, s'est tout simplement créé un institut de sondage bien à lui - c'est pratique.

La société de sondage Opinon Way est dirigée par Hugues Cazenave. Celui-ci travaillait précédemment à Infométrie, boîte de conseil en communication politique qui a déjà eu pour client l'ancêtre de l'UMP : le RPR. "Quand je rencontre mes clients du RPR ou du CDS, explique Hugues Cazenave, directeur général d'Infométrie (conseil en communication politique), je dois montrer que j'appartiens au même monde qu'eux", explique l'homme à l'Expansion - c'est Sabotage qui souligne.

Quel était exactement le "coeur de métier" d'Infométrie ? "Cette dernière société a été créée vers 1980 par deux universitaires, Jean-Marie Cotteret (qui fut membre du Conseil Supérieur de l'Audiovisuel de 1985 à 2001), et Gérard Ayache, actuel président [...]. Infométrie semble maintenant plutôt spécialisée en optimisation de sites web, mais elle était à l'époque « conseil en communication politique ». Il semble que M Cazenave ait été un « coach » de l'UMP concernant la « lexicologie », c'est à dire le bon langage à utiliser pour toucher les foules." peut-on lire ici.

Quant au Canard Enchaîné, il révèle que Cazenave a tout simplement commencé sa carrière au cabinet de Gérard Longuet en 1986 (source). Gérard Longuet est un RPR-UMP, ancien d'Occident (le groupuscule d'extrême droite où était également Devedjian et quelques autres), et accessoirement beau-frère de Bolloré himself.

Comme tout homme de droite, Cazenave dispose de beaucoup d'amis à droite. Au sein de la société Novosphère, qu'il codirigeait, on compte parmi les administrateurs
Thierry Laurens et Alexandre Basdereff, proches de Jacques Chirac, ou encore un conseiller municipal UMP du 17ème arrondissement (source, 25/05/2007).

Bref. Un homme de droite, travaillant avec la droite : jusque là rien de choquant. Le cas de Cazenave est assez répandu. Les instituts de sondage sont des entreprises à but lucratif, on voit mal pourquoi leurs dirigeants seraient de grands déontologues au coeur gros comme ça. Quand bien même le chef de l'institut est également "lexicologue" pour l'UMP ? Quand on dirige une entreprise médiatique, on tente un minimum de se donner une apparence d'indépendance. Visiblement, Cazenave s'en tape. De même que Lagardère ne nie pas être le "frère" de Sarkozy.

Les méthodes d'Opinion Way, qui donnent de si (d)étonnants résultats, sont il est vrai légèrement spécifique. Car ces sondages, qui sont éructés en Une du Parisien, de Métro ou du Figaro, ou bien assénés dans quelques journaux télévisés ; et bien ces sondages se font, tenez-vous bien, par internet. En échange de cadeaux. Un procédé on ne peut plus scientifique et objectif (quand on pense que même les sondages traditionnels, faits in vivo et sans cadeaux sont à peu près aussi scientifiques que la méthode de relaxation par ouverture des Shakras, ça prête à sourire).

Dans un Stratégie de 2001, voici ce que répond Cazenave :
“Les internautes sont-ils rémunérés pour participer aux enquêtes ?

Hugues Cazenave : En général, oui.
Les Français savent que leur avis a une valeur. Proposer un incentive (ces cadeaux, promotions, points de fidélités que nous offrons aux gens en échange de leur participation à nos enquêtes) est devenu incontournable. Mais il convient de suivre quelques règles : choisir l’incentive qui correspond à sa cible (une bouteille de vin séduira plus les hommes que les femmes), savoir le doser en valeur (un cadeau trop cher attirera un certain type de population), etc. De manière générale, la pratique de l’incentive devrait se généraliser, quel que soit le type d’étude. C’est la seule façon de lutter contre la baisse tendancielle des taux d’acceptation des enquêtes sur échantillon.

Les
résultats ne risquent-ils pas du coup d’être un peu faussés ?

Hugues Cazenave : Soyons clairs : il n’y a pas d’étude parfaitement neutre. Mais ne nous y trompons pas : ceux qui acceptent de répondre sans incentive ont également un profil un peu marqué : ils sont généralement âgés ou à la retraite, etc.”
(source)

En un mot : on peut faire n'importe quoi, tout bien mélanger dans un grand shaker sarkozyste, peu importe puisque de toutes les façons on est jamais neutre à 100%. D'ailleurs, Opinion Way est fondé par des anciens d'Ipsos et est membre du SYNTEC (syndicat patronal de la branche d'activité des études informatiques et technologies de l'information), branche du Medef (dont la présidente est Laurence Parisot) - (source). Neutre ? Certes non ! Mais puisque c'est par nature impossible, assumons notre gai sarkozysme !

Il nous semble qu'il faudra rappeller à Opinion Way qu'un sondage qui se fonde sur la volontariat et la rémunération des répondants fausse de façon ahurissante ses résultats. Tout le monde ne dispose pas d'une connexion internet. Tout le monde n'a pas envie de répondre à des dizaines de questions hebdomadaires portant sur le "style" de Nicolas Sarkozy et de son fringuant gouvernement (naïvement, on serait tenté de dire que les militants UMP doivent être plus motivés à partiticper à Opinion Way que, disons, les artisans taxi n'ayant aucun intérêt pour la politique). D'autant que l'internaute peut dire à peu près ce qu'il veut sur sa catégorie socio-professionnelle, son âge, son sexe et son "background politique" (et d'ailleurs, la gauche et les sympathisants de gauche adorent Sarkozy, avec Opinion Way).

Cazenave, "lexicologue", sait très exactement quels termes il faut choisir pour faire dire à un pseudo-sondage ce qu'on veut qu'il dise. C'est ce que disaient Rebsamen et Bianco, les deux codirecteurs de campagne de Royal après le débat : Opinion Way avait volontairement choisi ses termes pour favoriser la soi-disante maîtrise de soi de Sarkozy contre l'impulsivité de Ségolène Royal. Si le terme en avant avait été "dominé" - (qui a dominé le débat ?), le résultat n'aurait sans doute pas été le même qu'avec le mot "maîtriser". On connait les autres biais des instituts de sondage : "Acceptez-vous d'être pris en otage par les grévistes ?", etc. Soyons-en certains, Opinion Way ne se prive pas de ces grossières ficelles pour créer des sondages qui fonctionnent comme autant de self-fulfilling prophecies.

Opinion Way fonde ses "sondages" sur un super-panel d'internautes. La méthode de l'institut sarkozyste a récemment été disséquée dans un hebdomadaire centriste-libéral, celui de Jean-François Kahn, et la scientificité des méthodes et l'objectivité sautent aux yeux :

"Y a-t-il un militant dans la salle ?
Deux jours après le premier débat socialiste du 17 octobre, Le Figaro titre donc « Le débat avantage DSK sans détrôner Royal ». Argument : l'enquête OpinionWay, publiée à grands renforts de graphiques, place Ségolène Royal en tête avec 63% des suffrages, suivie d'un DSK à 32% et d'un Laurent Fabius dans les limbes à 5%. Mais déjà, la première nuance pointe son nez dans une notice écrite en tout petit au bas de l'étude. Les personnes interrogées sont des « sympathisants socialistes » - comme c'est le cas chez tous les instituts de sondages - et non des militants ou des adhérents. Elles n'ont donc aucun lien avec ceux qui mettront effectivement leur bulletin dans l'urne du Parti pour en désigner le candidat. Interrogé, Bruno Jeanbart, directeur des études politiques et responsable de ce sondage chez OpinonWay, nous explique d'ailleurs ce qu'est un « sympathisant » : « c'est quelqu'un qui se déclare proche des idées du PS ». Sans autre preuve que sa bonne foi…

Un PS très sympathique
Allons plus loin. D'où sortent ces « sympathisants » ? Ils sont extraits du « New panel», un vivier d'environ 2000 personnes, que l'institut de sondage interroge régulièrement… uniquement par Internet. Sur 2000, ils étaient environ 600 à se sentir « proche des idées du PS », soit 30%. Un chiffre plutôt encourageant pour les socialistes : si on l'étendait à la France entière en âge de voter, on obtiendrait environ 15 millions de « sympathisants PS » ! Si ce n'est que le Parti socialiste n'offre pas de chèques cadeaux. A l'inverse, OpinionWay n'hésite pas à rémunérer ceux qui répondent à ses questions par des avoirs, appelés « beenz », qui varient généralement entre 30 et 100 euros. Mais Bruno Jeanbart assure que cela ne modifie pas les résultats. Tant mieux, car la suite est encore plus troublante.

Plus fort que la Star'ac
Sur ces quelques 600 sympathisants, 401 ont regardé le débat du PS. Un audimat record, qui ne lasse pas d'étonner si on le compare à l'audience nationale du fameux débat. Selon Le Parisien-Aujourd'hui en France, environ 680 000 personnes ont en effet regardé le premier show du PS, le mardi 17 octobre. 250 000 sur LCI, 430 000 sur La chaîne parlementaire et BFM TV. Une audience très faible qui n'a rien d'étonnant. D'une part, seuls 40% des Français reçoivent l'une de ces trois chaînes, d'autre part le débat n'intéresse pas tout le monde. A l'inverse, près des deux tiers des sympathisants PS sondés par OpinionWay ont regardé le débat. Or si les deux tiers des sympathisants socialistes, au sens défini par le sondeur, en avaient fait autant dans la réalité, ils auraient donc été 10 millions devant leur téléviseur ! Cherchez l'erreur...

Résumons nous : c'est donc sur la base d'un panel de 401 « sympathisants » PS, tous équipés d'Internet, ayant tous accès à des chaînes non hertziennes – et à ce titre tout à fait représentatifs de la population - bénéficiant de chèques cadeaux s'ils assurent avoir regardé le débat, que Ségolène Royal s'est donc retrouvée en tête selon LCI et Le Figaro. A OpinionWay, on est plutôt contents du résultat : « les chiffres corroborent ceux des autres instituts ». Et en plus « le sondage n'a pas été vendu à perte ». Tout est dit."

On aimerait ajouter quelque chose, pour ne pas laisser notre sympathique lecteur sur les palabres d'un gratte-papier de la rédaction de JFK, mais il n'y a visiblement rien à ajouter. Voilà l'exploit d'OpinionWay : rendre pertinent et """poil à gratter""" l'une des publications les plus réactionnaires de l'Hexagone. Applaudissons !

Le dernier CQFD est sorti !

A savourer dans cette excellente livraison du canard marseillais :

- Un défonçage de Michel Onfray : "Qu'est-ce qu'Onfray sans lui ?". En tant que saboteurs, nous aurions certes rajouté pas mal de choses contre le gros porc de l'hédonisme cheap, mais c'est un excellent début.

- Un dossier sur la prison, sujet rarissime dans la presse du système. Et cette prouesse de créer un parloir sauvage, où les taulards ont pu discrètement faire passer leurs lettres à la rédaction grâce à des proches... Un truc à refaire et à institutionnaliser. Sans parler de l'interview de ces héros qui font l'Envolée, le canard carcéral censuré par l'Administration Pénitentiaire...

- Dans le courrier des lecteurs, cette anecdote : un lecteurs tague gentiment une affiche locale de l'UMP avec les mots "Union pour un Monde Précaire". La flicaille l'interpelle : "Avez-vous bu de l'alcool ou pris des produits stupéfiants ? Vous ne savez pas ce que c'est que la démocratie ? Vous êtes de gauche, c'est ça ? Vous êtes communiste ?". La police se politise de plus en plus, en plus de devenir un repère d'intellectuels post-situationnistes.

- On ne citera même pas ce qui fait la chair de CQFD, toutes les brèves au vitriol, les encadrés et les citations, autant de coups de ciseaux jouissifs dans la lisse étoffe du Parti de la presse et de l'argent.

Bref, que ceux qui ne comptent pas verser 2 €, oh, pardon 3 € (apparemment ça a augmenté, ces gratte-papier bolcheviks n'ont donc aucun scrupule ?) pour s'offrir CQFD se tirent immédiatement de ce blog.

Anti-grévistes, vos gueules

Cet excellent manifeste, ravageur et catastrophique pour le discours médiatique et politique dominant, a été exhumé par le Kamarad Vive le Goulag sur ce blog d'Alternative Libertaire. Un joyau, une merveille, un tas de merde délicatement déposé sur le crâne de Christine Bravo et sur tous les acolytes du système, en passant par le pouvoir médiatique, France Sphincter et Rance Culture en tête.


Anti-grévistes, vos gueules

La grève des transports pour la défense des retraites donne l'occasion à la droite de vomir sa bile haineuse. Micros et caméras pataugent dans la fange des inepties des anti-grévistes. Il faut répondre aux pires de ces délires.

"C'est une prise d'otages!". Non. Une prise d'otage, c'est si on t'enferme dans une cave, menotté au mur, cagoulé, et que régulièrement on vient te foutre un pistolet sur la nuque en te menaçant de te buter parce que ta famille ne paye pas. C'est ça, une prise d'otage. Là, il s'agit simplement d'une grève.

"On nous empêche de travailler!". Non. Il n'y a pas de piquet de grève devant chaque entreprise. Personne n'est empêché de travailler. Simplement il faut nous démerder tous seuls pour nous déplacer, sans les cheminot-e-s et les traminot-e-s. Au passage, la situation illustre l'absurdité totale de l'aménagement du territoire qui consiste à loger les travailleurs et travailleuses à l'est de Paris et à placer leurs entreprises à l'ouest. Si habitation et travail étaient plus harmonieusement organisés, les transports ne poseraient pas tant de problème.

"Supprimer les régimes spéciaux, c'est une question d'équité". Non. C'est une question de dumping social. L'équité, ce n'est pas aligner sur le pire régime, mais sur ce qu'on peut faire de meilleur pour le plus grand nombre. Et l'équité n'est pas non plus à géométrie variable. Si la préoccupation réelle du gouvernement Sarkozy était l'équité, il instaurerait un salaire unique. Puisque tou-te-s les travailleurs/euses sont sensés cotiser le même temps pour leur retraite, pourquoi donc ont-ils et elles des salaires différents?! Voilà pour le coup qui est bien inéquitable! Allez, hop, tout le monde aligné sur le salaire moyen (1903 euros par mois en 2005), y compris le président de la République qui vient de se tripler son salaire pour gagner 10 fois ce salaire moyen!

"La mondialisation oblige à supprimer les régimes spéciaux". Non. Ceux et celles qui pensent ça sont donc prêt-e-s immédiatement à toucher un salaire chinois ou indien, puisqu'"avec la mondialisation on n'a pas le choix"? Bonne nouvelle pour leurs collègues qui vont pouvoir se partager la différence! La mondialisation n'est qu'un prétexte pour cacher des choix purement idéologiques.

"Avec l'allongement de la vie, il faut bien travailler plus longtemps". Non. La productivité augmente plus vite que l'espérance de vie. Donc la richesse existe pour financer largement cet allongement de l'espérance de vie. Simplement il y a un choix politique idéologique: laisser les capitalistes, les actionnaires, les possédants, accaparer cette richesse supplémentaire au lieu de la distribuer à ceux et celles qui ont contribué à la produire.

"C'était une promesse de campagne, être contre est anti-démocratique". Non. La démocratie, ce n'est pas tout est à prendre ou à laisser. La démocratie, c'est l'élaboration collective du fonctionnement de la société. Il n'y a pas de débat sur cette question, mais un passage en force du fait d'une lubie d'un seul homme. La démocratie, ce n'est pas un chèque en blanc.

"L'opinion publique est contre cette grève, les sondages le prouvent". Non. Un sondage n'a jamais rien prouvé. Tout dépend de la manière dont on pose la question. Demandons si vous pensez normal de travailler plus pour gagner moins. 99% de Non! Donc 99% de gens contre la contre-réforme des retraites de Sarkozy.

Alors les anti-grévistes, vos gueules! Arrêtez vos arguments de pilier de comptoir sans logique. Faites-vous greffer des neurones! Et soutenez plutôt ceux et celles qui sont en train de se battre pour le droit à la retraite de tous et toutes.

Car il faut être soit complètement stupide, soit totalement malhonnête pour imaginer que le gouvernement Sarkozy s'arrêtera aux régimes spéciaux. C'est l'ensemble du régime de retraite par répartition qu'il veut détruire pour faire plaisir aux actionnaires des assurances privées. Dès qu'il en aura fini avec les régimes spéciaux, c'est le régime général qui passera à la moulinette de l'allongement de la durée de cotisation (encore!) et de la réduction des pensions (encore et toujours!). Alors bien sûr que c'est chiant, crevant, exaspérant de devoir se débrouiller sans les transports en commun pour se déplacer. Mais les responsables, ce sont les saboteurs des retraites: Sarkozy, Fillon et Bertrand.

Battons-nous maintenant si nous ne voulons pas bosser jusqu'à ce que mort s'en suive!

Grève : la pensée de droite au piquet

Vous avez raté le "traîtement médiatique" des grèves des cheminots et des blocages étudiants ? Pauvre de vous ! Quel spectacle... Le journaliste s'est lâché, il s'est offert un véritable défonçage gore des "privilégiés" qui font la grève, il a explosé tous les records de violence et a enfin pu lapider médiatiquement les "preneurs d'otage", et putain ça lui a fait du bien !

Lâchage intégral, donc, pour les journaleux ; lynchage intégral pour les grévistes, par conséquent : Jean-Pierre Pernaud, Jean-Marc Morandini, Jean-Pierre Elkabbach (cliquez, cliquez ! Découvrez le beau visage de la France journalistique qui travaille)... Sans parler de la présentatrice de LCI (où tous les "télés(p)ectateurs" interrogés bourrinaient la gueule de Maryse Dumas (CGT) et encensaient "l'équité de la réforme", promue par Jacques Marseille, l'ancien tiers-mondiste devenu sarko-historien de la fin de l'Histoire néolibérale).

Même Christine Bravo, brave chroniqueuse insignifiante sur France 2, hurlait à la représentante des étudiants "Mais est-ce que c'est DEMOCRATIQUE d'empêcher les gens qui veulent bosser de bosser ?". Réponse timide de la jeune vierge : "C'est un faux débat...". Hurlement de Bravo : "Mais REPONDS-MOI, est-ce que c'est DEMOCRATIQUE ?". Bafouillements, évidemment.

Nous, à Sabotage, on aurait suggeré cette réponse : "Non, c'est pas démocratique. La logique de mouvement social n'est pas une logique de démocratie participative. C'est une logique de rapport de force. Point barre." De quoi assécher le gosier furibard de l'intellectuelle Christine Bravo...

N'oublions pas non plus le héraut masqué des luttes néolibérales : Jean-Michel Aphatie. Un pinochetiste échevelé derrière une bouille de méridional débonnaire... L'analyse d'Aphatie, très souvent, consiste en un culturalisme français, sur le mode "En France on est comme ça", "Nous sommes le pays de la grève et des conflits", "Cocorico, nous nous prenons pour les maîtres du monde", etc. Une sorte de raillerie permanente contre les "prétentions françaises", la "culture française" antimondialiste et soviétisante.

Cet idéologème culturaliste, essentiellement fallacieux (postuler une "culture française" de la grève et du conflit revient à essentialiser, voire à génétiser des comportements socialement construits, à unifier sous la férule d'un signifiant-maître des multitudes de comportements éclatés et différenciés, etc., etc.) a une origine bien précise. La sociologie libérale française des années 1980, en la personne de Michel Crozier.

Lisons ensemble les joyeux titres de la bibliographie de Crozier : "Le Phénomène bureaucratique, Paris, Le Seuil, 1963" ; "La Société bloquée, Paris, Le Seuil, 1971" ; "On ne change pas la société par décret, Paris, Fayard, 1979", etc., le reste est à l'avenant. L'idée de Crozier : il y a une "culture française", essentiellement bureaucratique, qui bloque la société. "En France", les choses se passent par le conflit, c'est une spécificité, c'est dans nos gènes.

Aphatie ne fait que reprendre cette vision vieillotte et sociologiquement disqualifiée, sans s'en rendre compte, bien évidemment - inculture oblige.

Or, l'image de la France comme ultime Corée du Nord au coeur de l'Europe, comme pays de la Grève et du conflit social, comme bastion des syndicats staliniens paralysants s'effrite un peu plus : "Le mythe d'un pays gréviste" est totalement déconstruit dans cet article de Libération (source). Et avec ce texte, c'est tout un pan mobilisateur de la pensée de droite qui s'effondre...

"La France serait une nation «grévicultrice» : le pays du «droit de paralyser» (le Figaro, 17 février 2004), qui préfère la «guerre sociale aux compromis» (le Monde, 26 mai 2003) et souffre d’une «forme d’infirmité que ne partagent pas nos voisins européens» (Christine Ockrent, les Grands Patrons, 1998) car «nul autre pays occidental ne se comporte ainsi» (l’Express, 5 juin 2003). Un bref rappel de la réalité historique et statistique de ce phénomène n’est donc pas sans intérêt.

Premier élément du mythe, la France serait un pays de grévistes. Le nombre de journées individuelles non travaillées pour fait de grève était de 4 millions en 1976, 3,5 millions en 1984, 2,1 millions en 1988, 900 000 en 2000, 1,2 million en 2005. En dehors de pics spécifiques (1982, 1995, 2001), l’ampleur et la fréquence des mouvements sociaux ne cessent de diminuer alors même que la population active ne cesse d’augmenter. La fonction publique se substitue par ailleurs progressivement aux salariés privés dans le cadre des conflits sociaux. En 1982, 2,3 millions de journées grevées étaient comptabilisées dans le secteur privé, pour 200 000 seulement dans le secteur public. En 2005, 224 000 dans le privé pour 1 million dans le public. La part du public dans les mouvements sociaux est passée de 3 % dans les années 70 à 30 % à la fin des années 80 puis à 60 % à compter du milieu des années 90.

[...] Dans le secteur privé, les 224 000 journées de grève en 2005 représentent, à l’aune d’une population active de 16 millions de salariés, 0,01 journée par salarié et par an. Sur une carrière professionnelle de quarante années, un salarié français fera donc grève moins d’une demi-journée, un fonctionnaire moins de quatre jours. Des chiffres à comparer avec les trente-trois millions de journées non travaillées pour cause de maladie en 2005. La grève apparaît cent quarante-sept fois moins pénalisante pour notre économie que les arrêts maladies. La réalité est donc fort éloignée des phénomènes massifs souvent évoqués.

Second élément du mythe, la France recourrait davantage à la grève que ses voisins. Sur la période 1970-1990, la France est onzième sur les dix-huit pays les plus industrialisés en termes de journées non travaillées pour fait de grève. Avec 0,15 journée grevée par salarié et par an, elle est 7,6 fois moins conflictuelle que l’Italie (première), 3,2 fois moins que le Royaume-Uni (septième), 1,6 fois moins que les Etats-Unis (huitième). Sur la période récente (1990-2005), la France demeure onzième sur dix-huit, avec une conflictualité qui s’est effondrée (0,03 journée de grève par salarié et par an) et demeure toujours inférieure à la moyenne (0,04 journée grevée). Les modèles nordiques – réputés en France pour la qualité du dialogue social qui y régnerait – se situent en tête du classement : le Danemark est premier, la Norvège quatrième et la Finlande septième. Ainsi la «flexsécurité», tant vantée par les dirigeants français, semble caractérisée par un niveau de conflictualité nettement plus important. Un paradoxe qui ne semble pas intéresser les défenseurs de son introduction progressive dans notre pays. La France, en dessous de la moyenne des pays industrialisés, n’est certainement pas le berceau de la «gréviculture» décriée par nos médias et nombre de nos politiques.

Troisième élément du mythe, les grèves françaises se caractériseraient par des journées nationales destinées à paralyser l’activité économique. Sur la période 1970-1990, les conflits localisés représentaient 51,2 % des journées non travaillées pour fait de grève, loin devant les 34,9 % de conflits généralisés (propres à une profession) et les 13,9 % de journées nationales d’action. Sur la période plus récente (1990-2005), les conflits localisés représentent 85 % des grèves, pour 14 % de conflits généralisés et seulement 1 % de journées nationales ! La France est treizième sur dix-huit en termes de mobilisation des grévistes. Que pouvons-nous en conclure ? Pays le plus faiblement syndicalisé de l’Union européenne, marqué par un taux de chômage élevé et une hostilité croissante des médias à l’égard des mouvements sociaux, la France n’est pas un pays de grévistes. [...]"

Ce texte qui délabre violemment les impensés droitiers est signé François Doutriaux, enseignant en droit privé. Il est sacré Saboteur du jour. Les hystéries et lynchages médiatiques et droitiers contre les grèves sont tout simplement une façon de construire (et de fantasmer) un prétendu soviétisme français pour mieux pouvoir équarrir l'Etat social. C'est le même procédé qui est à l'origine de bien des fabulations droitières : le fantôme de la dette publique, ou encore le mythe du trou de la sécu. Autant d'idées-forces, fausses, qui structurent la pensée de droite et l'autorisent aujourd'hui à concentrer tous les pouvoirs...

On aurait pu penser que le rôle des journalistes serait, précisément, de déminer ces préjugés et ces mensonges. Las, ils s'en donnent à coeur joie pour les renforcer et les sédimenter comme autant de manifestations d'un "bon sens" populaire.

Saboter ces mythes, voilà notre viatique... Et en attendant, grève illimitée !

La légitimité, on s'en fout



C'était beau ! Une meute d'une centaine de CRS dressés pour mordre formés à obéir se sont lâchés ce matin sur les étudiants en grève de Paris X, à Nanterre. Visiblement émus, les hommes en bleu n'ont pas manqué de tabasser les bloqueurs et bloqueuses, leur faisant ingurgiter leurs grosses semelles ainsi que force gaz lacrymogégène. Car malgré l'apparence pacifique des jeunes, les CRS n'ont pas longtemps été dupes : il s'agissait bel et bien de racaille ultraviolente, de chiens bolcheviks - bref, des gens très "politiques", comme dit Pécresse.

Grâce à l'intervention de ces fonctionnaires rémunérés par le contribuable, une fière minorité d'étudiants a pu faire valoir son droit inaliénable à la routine et au train-train quotidien. Un droit que le gouvernement Sarkozy est en passe de rendre opposable. Beau joueur, Sabotage va donc s'intéresser à ces drôles de zigs, les jeunes "anti-blocage", les étudiants anti-étudiants qui, tout aussi "politiques" que leurs camarades, n'en jouissent pas moins de quelques curieuses spécificités !

Ces hédonistes décomplexés ont ainsi moultement applaudi le tabassage en règle des odieux gauchistes, prouvant par là leur attachement à une certaine idée de la jeunesse. Une jeunesse inféodée à des valeurs de vieux, à une société de vieux, à un ordre tenu par des institutions et des entreprises de vieux, une jeunesse qui veut s'user au travail, une jeunesse responsabiliste, moraliste, grégaire, conservatrice, amie de la propriétéprivéed'autrui et dont les borborygmes illustrent l'existence, dans notre société, d'un droit, le droit opposable à avoir une vie de merde et à le revendiquer.

Ces zouaves qui se gargarisent de la violence policière tout en dénonçant le violent, l'insupportable "terrorisme" des bloqueurs, dénient au mouvement anti-Pécresse toute forme de "légitimité". Le procédé n'est pas nouveau ; toute tentative de mobiliser en bloquant les institutions ou moyens de production s'est depuis belle lurette heurtée à d'interminables procès en "légitimité", du Front Populaire au CPE. Car c'est qu'ils s'imaginent que le plus grand souci de nous autres trublions est de respecter une légitimité instituée par les organismes que nous comptons combattre. Etonnant !

Il faudra leur expliquer que la logique de mouvement social est une logique de désobéissance qui se contrefout de "respect" et de "légitimité", qui utilise a contrario tous les moyens - a priori non violents - pour peser et influer sur les décisions des dirigeants. C'est un peu comme si on avait demandé aux résistants pendant l'occupation de légitimer leur "terrorisme" aux yeux de Pétain. La légitimité aux yeux de Sarkozy, de la Cinquième République, du RED et du GUD, on n'y tient pas trop, et nous sommes même fiers de s'asseoir dessus.

Un autre procès récurrent consiste à présenter les bloqueurs comme d'immondes antidémocrates. Car, aux yeux innocents de ces tout-petits, la démocratie consiste à élire un grand timonier tous les cinq ans et à fermer sa gueule pieusement pendant qu'il agit librement. Notre conception à nous, Sabotage, diffère légèrement.

Comme dans tout autre système, l'ordre dans une démocratie repose sur un rapport de forces. Le fait d'élire à la majorité absolue le Président, par exemple, est une manière de dire "on est plus nombreux derrière lui, donc plus forts". La "démocratie" française est en fait le droit du plus fort car plus nombreux. Bien. Là où la grève joue un rôle intéressant, c'est lorsqu'elle déplace le rapport de forces, fonctionnant exactement sur le même principe que le scrutin. Faire valoir sa capacité à bloquer les facs ou les moyens de transports, c'est une manière de dire "vous êtes plus nombreux, on est plus motivés, donc plus forts". Les idéologues du monde tel qu'il est beuglent "mais on est plus nombreux", et ne cessent d'appeler au cassage de gueule des grévistes et autres bloqueurs, hurlant avec les loups qui président nos universités. Qu'à cela ne tienne ! Nous les attendons de pied ferme.

Là où ça devient plus problématique, c'est lorsque certains grévistes se justifient bec et ongles en se prévalant d'une illusoire "légitimité". Combien d'AG ont commencé et commencent encore par des soporifiques "nous, Assemblée Générale étudiante légitime" et nous lestent de la lourdeur éléphantesque des peine-à-jouir antiblocage ? Pourquoi perdre notre temps en pirouettes sophistes pour justifier notre action a priori ? Car il est bien évident que nous ne convaincrons jamais les neuneus pour qui le "droit à l'enseignement" consiste à avaler la loi Pécresse sans se poser de questions.

Il n'y a donc guère que les peine-à-jouir et professionnels[autoproclamés]delacontestation de l'UNEF (nous reviendrons plus en détail sur leur cas) qui aient intérêt à nous seriner avec des discours péteux et légitimistes. Oui, l'UNEF, qui négociait avec Sarkozy il y a à peine plus d'un an à l'époque du CPE. Histoire de lui servir la présidentielle sur un plateau.

Nous avons aujourd'hui une grande occasion de faire trembler les puissants, nous en priver serait criminel. Ajoutons une profession de foi saboteuse : nous soutenons sans réserve ces mouvements de grève et de blocage dans la mesure où ils ne visent pas seulement la merdique loi Pécresse, mais participent d'une jonction des luttes contre le sarkozysme qui bouffe la joie de vivre et, d'une manière plus générale, contre la petitesse collabo de la vie que d'autres, aujourd'hui disparus, ont voulu nous tracer. La lutte doit être généralisée. En avant !

Que le bordel soit

En page deux du quotidien néolibéral de droite complexée Libération figure cette phrase, qui nous a fait l'effet immédiat d'un mot d'ordre : "C'est la hantise du gouvernement : qu'un mouvement étudiant opère la jonction avec les salariés et les fonctionnaires, dont la manifestation est prévue le 20 novembre."

Délectons-nous un moment : le 13 novembre à 20 heures, c'est la guerre grève. Grève des métros, des trains, contre un régime qui fait de la casse sociale à la bombe H. Le 20 c'est la grande manif. Entre temps, si tout va bien, les facs seront bloquées et les "grèves actives" (comme celle décrétée par les géniaux étudiants de Paris 8 Saint-Denis) s'y multiplieront contre la loi "LRU" de la bourgeoise Pécresse.

On pourrait rajouter à tout ça les mouvements contre les franchises médicales, la colère des magistrats, de l'Opéra de Paris, des gardiens de prison, et même de la maison Poulaga, "déprimée" (inutile de préciser que Sabotage ne soutient pas les mouvements revendicatifs abjects de ces deux dernières catégories de créatures humaines).

Erection : si tout le pays sombrait dans le bordel ? Si Sarkozy était obligé de céder, et de s'asseoir sur ses péroraisons de roquet qui montre ses muscles ("J'céderai pas ! Jamais ! ") ? Si Fillon s'inclinait, la queue entre les jambes et la face perdue ?

Grévistes, prenez-nous en otage ! Nous le voulons ! Paralysons le pays ! Brisons la routine ! Tous-ensemble-tous-ensemble-ouais ! Jonction des luttes ! Grève générale reconductible ! Dissolution de l'UNEF (une idée encore une fois géniale des beaux subversifs de Saint-Denis) ! Que le bordel soit !

Rachidamenti

Malgré notre ferme intention de ne plus parler de Rachida Dati, dont nous sommes devenus en quelque sorte l'Observatoire Officiel, il est impossible au saboteur sachant saboter de ne pas évoquer, le sourire en coin, les derniers chambardements du rachidadaïsme contemporain. Ainsi, après notre déconstruction du système des peines plancher, preuve d'une incompétence sidérante ; après notre décryptage du lamentable projet carcéral de Rachida, place à l'actualité, la vraie, la brute, la brutale : il est aujourd'hui avéré que la chienne de Garde des Sceaux a bel et bien triché pour son entrée à l'ENM, et qu'elle exerce en plus des pressions sur les organes de presse qui le soulignent. Une paille !

Dans la droite lignée du Reichskanzler (dont tout le monde connaît les frasques avec Match, le JDD, le Monde, TF1, France 2, France 3, Canal+, M6 et, dans un autre registre, le Figaro), Rachida a jeté son dévolu cette semaine sur l'Express et Le Canard Enchaîné. Le premier, qui avait révélé le pot aux roses, a carrément reçu un déluge d'appels de la part des membres du cabinet de la fébrile Dati (qui, pourtant, n'a "rien à se reprocher"). Le compte-rendu, édifiant, est disponible sur le blog du pourtant très sarkozyste Christophe Barbier. Le Canard Enchaîné, dans son édition d'hier, reproduit le "CV" de la menteuse, qui porte cette anodine mention : "MBA du groupe HEC - Ancienne élève de l'ISA". Le tour est joué : le "MBA" est bien mentionné. Quel talent ! Dans le même ordre d'idée, pourquoi ne pas spécifier "ancienne lectrice de Zola", "ex-fan d'Yvette Horner" ou encore "née le jour anniversaire de l'invention des allumettes à friction" (véridique) ? Là encore, Rachida vocifère auprès de la rédaction pendant toute la semaine, confondant sans doute volaille et valetaille. Echec.

Avec la subtilité rhétorique qu'on lui connaît, l'intéressée se livre courageusement à un chantage au racisme des plus délectables : "Si vous continuez, je dis à tout le monde que vous êtes un journal raciste !", hurle-t-elle aussi bien à l'Express qu'au volatile. Christophe Barbier et le Professeur Canardeau en ont les fesses qui claquent !

Rachida en arrive donc au point de non-retour, celui où Franz-Olivier Giesbert, patron d'un "journal [proto-]raciste", précisément, prend sa défense. Oui, Franz-Olivier Giesbert, machiste assumé, grand successeur s'il en est de Claude Imbert dans l'islamophobie décomplexée et "sans tabous" s'est pris d'une affection tout à fait désintéressée pour la jugesse ; on sent le sourire coquin latent lorsqu'il écrit qu'"évidemment, Rachida Dati est d'origine immigrée, comme on dit. Pour être précis, algéro-marocaine. En plus de ça, circonstance aggravante, c'est une femme. Inutile de vous faire une dessin". Nous tenons donc la preuve que Rachida n'a pas pu tricher. Une louche de vague gauchisme giesbertien pour mieux faire passer la duperie, et c'est reparti pour les expulsions d'enfants !

D'autant qu'on peut aussi dire qu'en choisissant comme figure de proue des immigrés au gouvernement une hystérique doublée d'une incompétente, triplée d'une menteuse, d'une tricheuse, d'une grugeuse, d'une filoue, Sarkozy alimente le racisme le plus viscéral de son éléctorat désormais majoritaire, aka celui de Le Pen. Mais ces interrogations ne semblent pas effleurer la belle aux bajoues de bouledogue, dont les éructations ne sont pas prêtes de cesser.

Perplexitude : soit Rachida ["elle est appelée par son prénom"] est vraiment conne, soit elle méconnaît gravement le fonctionnement du champ journalistique. Un journaleux, même de droite, ne supporte évidemment pas que le pouvoir fasse pression de façon tout à fait explicite et revendiquée pour qu'il supprime un article. Être larbins du pouvoir, on est rarement contre, mais il faut quand même donner le change au lectorat...

Suite de votre feuilleton : quelle sera la prochaine énormité de la mère Dati ? Quel nouveau mensonge ? Osera-t-elle affirmer que Fillon n'a pas de moumoute ? Que MAM existe ? Que Sarko n'est pas un nain ?

La position du penseur couché

Nous venons de terminer La position du penseur couché, de Sébastien Fontenelle, dans sa version poche (pauvres bohémiens que nous sommes, il nous a fallu attendre que les éditions Libertalia se décident enfin à publier le texte à prix réduit - 7 € - pour pouvoir le lire).

Il s'agit d'une déconstruction systématique solide de la rhétorique Finkielkraut. Alain Finkielkraut, c'est le type qui se distingue par des sorties racistes régulièrement, et qui s'est inventé une carapace théorique et idéologique : toute attaque contre lui, toute "cabale" contre ses propos relèvent, en dernière analyse, d'une "judéophobie", d'ailleurs très ancienne, mais "qui remonte", qui "vient", ou qui "revient" de "très loin".

On le sait, lorsque Finkielkraut estime que l'équipe de France de football est "black-black-black", il nous est interdit de lui rétorquer qu'il s'agit d'un propos raciste. Sinon ? Sinon il sort la carte de la "judéophobie". C'est l'attaquer "comme raciste en tant que juif, ou pire, comme juif en tant que raciste" (c'est peut-être l'inverse, nous citons de tête).

Sébastien Fontenelle démontre très bien et assez tranquillement l'hallucinante rhétorique de l'odieux personnage. Finkielkraut, anti-antiraciste viscéral, abandonne néanmoins ce beau combat pour pourfendre le "racisme anti-blanc", ce joujou conceptuel de l'extrême droite, ce faisant ainsi vulgairement antiraciste à son tour (dans un autre sens, certes...).

Au total, c'est le profil d'un homme singulièrement proche du FN, de ses idées, de ses stéréotypes discursifs qui nous est décrit. Finkielkraut, en ce sens, est effectivement un symptôme du sarkozysme : un produit estampillé "droite moderne" entretenant pourtant de fortes homologies structurales avec un autre produit, connu sous le nom de "vieille extrême droite".

Le petit livre de Sébastien Fontenelle s'attaque également à d'autres odieux personnages, membres de la "mouvance" Finkielkraut : Renaud Camus, Pascal Brückner, Oriana Fallaci, Elizabeth Lévy (la parité paraît respectée dans les milieux proto-racistes)... Mais il en est un, le plus insupportable de tous, qui n'obtient pas, dans La position du penseur couché, le traîtement qu'il mérite.

Cet homme, c'est Pierre-André Taguieff. Certes, Fontenelle cite tout autant ses immondes propos. Mais, à tout prendre, mettre Finkielkraut sur le même plan que Taguieff nous semble, tout bien pe(n)sé, quasi-diffamatoire à l'endroit du premier. Après tout, Finkielkraut, n'est qu'un scribouillard réac atteint d'un délire de persécution. Pierre-André Taguieff, c'est différent, est un homme qui "théorise" que la gauche est un néo-nazisme. Que le racisme est émancipateur. Que quiconque dénonce les dérives droitières du régime (par la "reduction ad hitlerum", se gausse Taguieff), est un "stalinien" (prochain bouquin de ce Louis-Ferdinand Céline du pauvre : "La stalinisation des esprits"). Voilà donc un type qui se marre devant la reductio ad hitlerum tout en pratiquant, de son côté, la reductio ad stalinum, qui est exactement le procédé dont il se fout. C'est dire si le pseudo-politologue vit dans le dénuement intellectuel.

Comme dit Fontenelle sur son blog, il y a fort à parier que "La stalinisation des esprits" sera un essai visant à démontrer que la France, pays qui a massivement plebiscité Sarkozy, est en fait une Corée du Nord au coeur de l'Europe. Bref, Sabotage reviendra sur Pierre-André Taguieff dans les grandes largeurs. Pour l'équarrir bien comme il faut. Il le vaut bien.

Rachida Dati et la sarkoprison

La sarkologie, cette rhétorique à la fois victimaire et punitive, qui se fonde sur les « sarkomachies » (réfutations scénarisées d’énoncés que personne n’énonce, du genre « Alors quoi, punir les fraudeurs c’est mal ? » ; « Je ne vois pas pourquoi aimer la France serait interdit », etc.), s’est attachée récemment à un nouvel objet : la prison. C’est la nunuche en chef Rachida Dati qui s’y colle.

Après ses trips sadiques dans le style « peines plancher » (lire absolument notre article), Rachida devait s’attaquer au « volet positif » de son boulot, une loi pénitentiaire visant à améliorer les prisons françaises. Et la peu compétente ministresse de réunir un « Comité d’Orientation Restreint » (COR), composé des habituels joyeux drilles (avocats, magistrats, associatifs), chargé de faire ses propositions.

Évidemment, Rachida ne saurait faire appel à la parole d’anciens détenus (de peur qu’ils trucident la pauvre unanimité républicaine de façade de ce type de comités théodules, destinés à entériner les recommandations du pouvoir). Et les épicuriens du COR ont donc pu pondre leurs cinquante recommandations « en toute indépendance » (même si l’Administration Pénitentiaire, qui est un peu le Reichskonzentrazionsläger-Ministerium de notre « démocratie », avait pris soin de fournir, en amont ses « hypothèses » - Ô la pudique litote ! – et même si la loi s’écrivait en même temps que le COR planchait, ce qui constitue un bras d’honneur à l’endroit de ses membres).

Des recommandations qui, pour nous, saboteurs, allaient toutes « dans le bon sens », celui d’une mise en conformité des taules françaises, aujourd’hui assez similaires à ce qui se faisait aux heures les plus sombres de l’Histoire, avec les directives européennes (et pour une fois que l’intégration européenne a des effets pas trop dévastateurs, on ne va pas se priver d’en profiter).

Encellulement individuel, douches quotidiennes, durée maximale de mise au mitard réduite de 45 jours à 28, examens médicaux plus fréquents pour les vieux, droits de visites facilités, meilleur accès au RMI, droit à l’expression collective, restriction des fouilles corporelles humiliantes, etc. C’est pas encore l’abolition de cette absurdité sociale qu’est la prison, mais c’est toujours ça de pris sur la grande faucheuse. Et puis les conditions de vie carcérale sont tellement ignobles que la moindre réforme est bonne à prendre, même si elle contribue à renforcer (en l’améliorant) le système carcéral.

Seulement voilà. L’Observatoire International des Prisons, lui, trouve que les recommandations du COR sont assez pourries. Et, à lire son rapport, on comprend qu’il n’a pas tort et qu’on a vite fait de se faire rouler par la sarkologie.

Les préconisations du COR, nous dit l’OIP, sont soit « dénuées de sérieux », soit « contestables », soit elles « vont dans le bon sens mais, faute de précisions, sont réduites à des vœux pieux ». Le COR préconise par exemple des états des lieux de rentrée et de sortie de cellule : « On attend avec impatience l'état des lieux entrants de détenus en maison d'arrêt : « entrée dans une cellule vétuste, nombreuses fuites, toilettes ignobles, deux autres locataires pour neuf mètres carrés. Je m'engage à rendre ce bien dans l'état dans lequel je l'ai trouvé ». Une telle recommandation est du reste tout à fait déplacée au regard de la gravité des manquements de l'administration au regard des normes minimales d'hygiène et de salubrité. »

Bref, Rachida Dati n’est pas décidée à en finir avec la « torture blanche » qu’est l’incarcération en France. Extraits, surréalistes, des « hypothèses » (comprendre : recommandations fortement incitatives) de l’Administration Pénitentiaire : « Les règles pénitentiaires européennes sont pour l'essentiel déjà transcrites dans notre réglementation ». C’est faux, le commissaire européen chargé de ces questions a classé les prisons françaises derrière celles de la Moldavie en termes de condition de vie et de salubrité. D’autre part, l’encellulement individuel relève d’une directive européenne, et est très loin d’être respecté.

Deuxième pépite de l’AP : « Les prisons françaises ne sont pas une honte ». Paradoxe performatif, le simple fait d’énoncer une phrase revient à la contredire. Suggérer aussi crânement que les prisons ne « sont pas une honte », c’est souligner à quel point il s’en faut de peu… Il ne s’agit pas d’un mensonge, cependant. Le régime punitif et répressif de la droite néo-conservatrice est en effet assez fier de ses taules. La suite : « la France gère bien ses prisons ». Au même titre que les nazis géraient super bien leurs camps ? Dans les deux cas, il y a effectivement la même efficacité à détruire…

En somme, Dati fait encore une fois la preuve de sa tragique incompétence. Incompétence qui lui vaut de plus en plus de railleries. Le Canard Enchaîné n’hésite pas à rapporter que Sarko a une conscience précise des « limites » (qu’il est doux à nos oreilles, ce mot !) de sa mère-fouettarde de Garde des Sots. La presse entière en vient à pointer sa possible tricherie quant à ses diplômes. Un journaliste de droite, Claude Askolovitch (du Nouvel Observateur) a écrit un bouquin avec Rachida qui va bientôt sortir, c’est en fait un plaidoyer d’autodéfense : un autre livre, sobrement intitulé « La tricheuse », va éreinter l’hystérique pseudo-magistrate dans les grandes largeurs. Personne n'en connaît encore l’auteur, mais il est acquis que l’affaire du faux diplôme va faire beaucoup de bruit, et c'est tant mieux.

Nouvelle lubie de la folle furieuse : la prison à vie pour les délinquants sexuels multirécidivistes. Idée de Sarkozy. Idée anticonstitutionnelle. A quand la réhabilitation de la peine de mort (mais seulement pour "les tueurs d'enfants", comme disent les abrutis) ? A quand l'euthanasie pénale ? A quand Dati en prison ?

Ceci n'est pas un manifeste

Observateurs sans pitié, déconstructeurs sans complexes, commentateurs sans tabous, nous, Sabotage, ne sommes ni précisément des journalistes (n’étant ni payés ni intéressés par l’actualité en tant que telle), ni précisément des blogueurs (car nous aspirons à créer un rapport nouveau entre le virtuel de cette page et notre terrain d’action « dans la vraie vie »), ni précisément des propagateurs de rumeurs (même si nous aimons frapper là où ça fait mal), ni des idéologues, ni des experts, ni un parti, ni un syndicat, ni un échantillon représentatif de quoi que ce soit. Ainsi :

Constatant la médiocrité généralisée des médias dominants, complices souvent conscients des différents pouvoirs en place, dans le but partagé d’abrutir le plus grand nombre en encadrant, simplifiant et balisant l’information dans le sens du maintien du monde tel qu’il est

Nous apercevant que l’esprit que nous aimons, rieur, caustique, pédagogue, sadique, intempestif, virulent et lucide, ne trouve plus aucun écho dans la parole publique

Nous attristant du sérieux plombant et de la lourdeur dogmatique et moraliste de la majorité des opposants au système et autres résistants au régime, qui n’ont souvent de révolutionnaires que la volonté d’être considérés comme tels

Prenant acte de notre jeunesse, de notre talent, de notre intelligence, de notre humour, de notre sens aigu de l’injustice et de la malhonnêteté de nos contemporains et de nos aïeux

Nous avons décidé d’user de l’information, de l’insolence et de nos neurones comme armes de subversion massive dans le but sublime de contribuer à l’élévation de l’espèce humaine et, à plus court terme, au réveil du débat public.

Amis des médias indépendants et/ou satiriques, nous affichons impudiquement notre amour pour Le Canard Enchaîné, Le Plan B, Groland et le Hara-Kiri de nos papys. Moins professionnels sans doute, nous userons et abuserons quand même des spécificités inexplorées de la forme blog pour atteindre notre but suprême, notre Grand-Soir à nous.

Et, vous l’aviez deviné, nous ne nous priverons pas à l’occasion de taper sur nos ennemis jurés que sont les pouvoirs médiatiques, politiques, policiers, économiques, financiers, moraux (dont religieux), dont il s’agira pour nous de déconstruire les énoncés, les structures, les concepts, les réflexes et les motivations, afin de les mettre à nu, dans leur risible et nihiliste absurdité, pour le plus grand plaisir des petits et des grands.

Et puisqu’il s’agit d’annoncer la couleur, nous souhaiterions évoquer à présent le rôle symptomatique qu’a joué récemment l’ensemble du paysage médiatique français dans le traitement d’une information triviale et people dont l’insignifiance en dit long sur le degré d’interconnexion entre dirigeants politiques et journalistes. Le fait divers en question, c’est le divorce des Sarkozy, autrement dit la news incontournable de la semaine, sur laquelle les médias ont décidé, jeudi dernier, de focaliser l’attention des français, pour une durée à ce jour indéterminée. Bien.

Toutes les rédactions de France, Navarre et au-delà était au courant de l’imminence du divorce depuis deux semaines au bas mot. Pourtant, nul n’en pipe mot pendant plusieurs jours. Les journalistes en parlent entre eux, se perdent en conjectures et projections des conséquences de cet événement, que l’on devine d’une importance décisive. Mais ils ne croient pas bon d’en informer le populo, comme ils sont (souvent grassement) payés pour le faire. On a donc droit à des atermoiements peu enthousiastes sur la défaite au rugby, dont l’impact est inestimable, en attendant.

En attendant quoi, tiens ? En attendant que le divorce soit prononcé, affirment les plus optimistes, en attendant un communiqué officiel de l’Elysée, confessent les plus sincères. Car en effet, le divorce a beau être prononcé lundi 15 octobre, il faudra encore attendre quelques jours pour que s’ouvre le festival des couvertures de la presse papier et des unes des jités télévisuels. Bien sûr, quelques téméraires (ou privilégiés, tel L’Est Républicain qui semble entretenir avec Cecilia Ciganer Albeniz des relations privilégiées) s’osent, du bout des lèvres, à quelques ébauches de commencements d’annonces, qui consistent principalement à dire « toutes les rédactions sont au courant », histoire de se dédouaner, et en usant de centaines de milliers de conditionnels et de guillemets. Entre-temps, ce sont quelques blogs qui font, à leur échelle, le nécessaire travail d’information, avec pour certains un plaisir non dissimulé.

Vient donc le jour ô combien stratégique de la grève du jeudi 18, occasion rêvée de grignoter sur le temps d’exposition médiatique d’un premier mouvement social de grande ampleur sous la présidence de qui l’on sait. La nouvelle tombe donc pile poil pour les jités et pas mal d’hebdos, comme quoi le hasard fait bien les choses quand on lui donne un petit coup de pouce.

INFORMATION : A la suite d'un propos tenu ici concernant une journaliste de télévision (pourtant formulé au conditionnel et avec toutes les précautions rhétoriques qui sient à ce type de textes), notre blog a été l'objet de menaces de poursuites judiciaires par l'avocate de celle-ci. D'où l'autocensure. Il n'en est pas moins plaisant de constater que la presse étrangère s'est procuré entre-temps des éléments abondant dans le sens de la piste de réflexion que nous évoquions non sans prudence bien auparavant ! Les quelques rédactions hexagonales qui ont tenté de se faire écho de la rumeur en question ont reçu visiblement les mêmes menaces que nous et ont pratiqué la même autocensure.

Il va de soi que nous déclinons toute responsabilité pour les éventuelles associations d'idées que nos sympathiques lecteurs pourraient fortuitement être à même d'éprouver à la lecture de ces quelques lignes et liens !

La papesse des cathos réacs a un blog !

C'est un adversaire par trop évident pour la joyeuse équipe de morbides saboteurs que nous sommes. Mais nos cibles sont diversifiées, et, similaires à Ségolène Royal, "nous ne nous interdisons rien". Et surtout pas de nous intéresser à une personne très spéciale, dont on pourrait dire, pour schématiser, qu'elle est une catholique aux "valeurs" ultraconservatrices, doublée d'une nationaliste proche du FN, triplée d'une engagée associative dans une "ligue de vertu" (pour la censure de la pornographie, scènes obscènes et autres messages "blasphématoires"). Jeanne Smits (ici, une trucculente vidéo dont elle est l'héroïne).

Jeanne Smits, un prénom "terroir français" et un patronyme néerlandais (et oui, les Pays-Bas, le pays de la tolérance radicale, de la permissivité la plus poussée, bref, l'une des civilisations les plus raffinées d'Occident). Mais cet article ne sera pas une vulgaire dénonciation, totalement stérile, des combats de Jeanne Smits. Il s'agit plutôt, pour nous, de rentrer dans la "profondeur" du discours de cette joyeuse drille pour en déterminer les impensés, les stéréotypes structurants, et déconstruire la rhétorique de ce néo-catholicisme communautariste pré-raciste.

Parcourir le blog de Jeanne Smits, sorte de longue litanie délirante et robotique où les dénonciations contre l'avortement dans tel pays succèdent aux acclamations de la lutte anti-avortement qui progresse dans tel autre pays, fournit un renseignement précieux. A l'évidence, les deux concepts majeurs sur lesquels se fonde toute l'idéologie de Smits sont ceux de "culture de vie" et de "culture de mort". Articulés à l'infini, ad nauseam, c'est tel evêque qui se voit félicité pour avoir défendu la "culture de vie", tel procès étant intenté parce que "l'art contemporain est un vecteur important de la culture de mort" (ici).

Le sous-titre du "blog de Jeanne Smits" ? "Nouvelles internationales de la culture de vie et de la culture de mort". C'est exactement le même principe que les news de Têtu, sauf que là ce n'est pas la persécution des gays ou les mariages de lesbiennes qui sont repertoriés, mais les "blasphèmes" et autres scandaleuses légalisations de l'avortement ou de la contraception (ou du mariage gay, justement).

L'important, donc, c'est la "vie". Il y a aussi en exergue cette citation de Joseph Ratzinger, l'ex-Hitlerjugend : "On ne peut penser qu'une société puisse combattre efficacement le crime quand elle le légalise elle-même dans le cadre de la vie naissante". On le comprend, le combat de cette néo-inquisitrice, c'est avant tout l'avortement, c'est-à-dire la "culture de mort".


Jeanne Smits est également vice-présidente de l'AGRIF, association réputée proche du FN, dont l'intitulé exact est : "Alliance Générale Contre le Racisme et Pour le Respect de l'Identité Française et Chrétienne" (que le dernier ferme la porte). Et le "respect" de l'identité française et chrétienne, ils veulent le faire régner au bazooka judiciaire. Chrétiens peut-être, mais chrétiens à peu près aussi ouverts et pacifiques qu'une meute de dogues allemands.

Rien ne serait plus inutile que de geindre que les combats de cette bonne femme sont autant de combats racistes, rétrogrades, réactionnaires, puants, etc. Ce type de dénonciation diamètrale de l'extrême-droite par d'insolents libertaires ne servira qu'à relégitimer les positions politiques de chacun. Ainsi, face à des petits monstres dans notre genre qui encensent la "culture de mort" qu'est la contraception, l'avortement, la vie libre et libérée, la profusion jouissive des sexualités et des expérimentations ; Jeanne Smits et sa clique ne pourront que dire : "vous voyez, vous encensez la culture de mort !". Ce faisant, nous ne serions que plus méprisants pour leur manichéisme de pissotière de collège, "vie", "mort", et leur radicalisme nauséabond. Ainsi, chaque dénonciation renforcera Jeanne Smits dans la detestation de ses dénonciateurs, et les dénonciateurs dans la détestation de Jeanne Smits. Au lieu de faire naître, entre nous, un chemin d'amour... Quel dommage !

Contentons-nous de remarquer que la prétendue "culture de vie", anti-avortement, anti-contraception, anti-pornographie, anti-sexe (outre le très catholique coït vaginal reproducteur) n'a finalement pas grand chose à voir avec la vie, et pourrait tout à fait accepter le titre de "culture de mort" (puisque la contraception, le sexe, la pornographie et l'avortement sont autant de dispositifs culturels joyeux servant avant tout à restreindre le mal-être des êtres humains que nous sommes).

La protection de la vie des tous petits, chez ces gens-là, ne les empêche pas d'être, par contre, de francs partisans de la peine de mort (rappellons que l'AGRIF est un satellite du FN dirigé par Bernard Antony, eurodéputé FN). Le blog de l'inénarrable Jeanne Smits comprend des liens vers des sites d'extrême droite. Vous avez-dit "culture de vie" ? Persécution des enfants sans papier, contrôles génétiques, politiques racistes : "protéger la vie", oui, mais quand elle est blanche, catholique et gauloise. Chez ces gents damoiseaux, la "culture de vie" s'accomode fort bien de tests ADN, de rafles ou d'un hyperlibéralisme sauvage à la sauce Jean-Marie Le Pen.

En revanche, horreur ! L'art contemporain, c'est la "culture de mort" ! L'épanouissement de nos corps, culture de mort ! La fin des névroses hétéropatriarcales, culture de mort ! Et surtout, ne pas "respecter" la très morbide religion catholique, culture de mort ! Satanisme ! Bouh ! Le trip de Smits, c'est de traîner la "culture de mort" devant les tribunaux : quelle belle illustration de cette "culture de vie" tant vantée... C'est vrai qu'elle a l'air de vivre une vie de folie, d'ivresse, la brûlante épicurienne, la vitaliste acharnée !

Il y a presque un ressort comique dans l'épouvante qu'éprouvent les catholiques radicaux face à la contingence de l'être. Une vie, ça ne tient qu'à un fil. Rien qu'en France, on est 700 000 à mourrir chaque année. Les fausses couches, tout le monde connaît quelqu'un à qui s'est arrivé. Bref : la vie, c'est capricieux ; et Kundera a raison de chanter "l'insoutenable légereté de l'être"... Mais ça, les cathos rachots peuvent pas le comprendre. Ce sont eux qui réfutent la très naturelle instabilité de la vie, eux qui échaffaudent une forme d'artificialisme pro-life, alors qu'ils se prétendent apôtres, par ailleurs, des pratiques "naturelles" (lire à ce sujet les diatribes anti-homosexuelles de Jeanne Smits).

C'est donc une vision ultra-restrictive de la vie qui est en jeu dans le concept de culturedevie que notre amie ressasse deux cent fois par jour. La vie ne consiste pour elle que dans la reproduction, et encore, pas dans la reproduction in vitro (voir ses diatribes contre les "bébés éprouvettes"), et dans une reproduction strictement encadrée par le mariage catholique fidèle et vertueux (pas de rapports sexuels non-reproducteurs). Pas beaucoup des bambins d'aujourd'hui trouveraient grâce aux yeux de Sainte-Jeanne Smits...

ADN : Mariani droite ni gauche ; français !

Au cours du festival du rire provoqué par la loi Hortefeux sur la sélection des immigrés à la peau noire et aux familles nombreuses, avec vérification génétique en option grâce au pétillant Thierry Mariani, se sont offerts au regard et à l’écoute du jeune saboteur de nombreux argumentaires qui, conjoints ou séparément, valent de l’or (tefeux ! mouahahaha). Aussi passerons-nous sur l’aspect complètement trisomique, inutile, haineux et délirant de la loi en question et de ses amendements, pour nous concentrer sur les différentes composantes du discours de défense de cette nouvelle loi, ainsi que des failles évidentes des discours médiatiques censés la combattre.

Ce qui frappe dans un premier temps, c’est que le cynisme de la loi Hortefeux n’est absolument pas assumé par ses défenseurs, qui pourtant se prévalent d’une démarche décomplexée. Au vu du texte, on pouvait s’attendre à des arguments-massue du style : « on ne peut pas accueillir toute la misère du monde », « les nègres on les aime bien quand ils restent chez eux », « les immigrés viennent piller notre système social : refusons-les en bloc », ou encore « ils font baisser mécaniquement le prix de la main d’œuvre et mettent les autochtones dans la merde ». A cela aurait pu s’ajouter un plaidoyer pour une immigration par quotas, comme celui auquel un certain Sarkozy Nicolas, aujourd’hui bien silencieux à ce sujet, n’hésitait pas à recourir du temps de Balladur – de l’immigration comme marché du dimanche ; je prendrai quatre cent informaticiens sri lankais, huit cent actrices porno estoniennes, vingt-cinq mille plombiers polonais et huit infirmières bulgares, s’il vous plaît ! Tout cela aurait amené une joyeuse ambiance d’ultranationalisme fier et épanoui, nouveau visage jeune et insouciant de la France d’après. Mais non ; il n’y a guère que des illuminés du type Eric Zemmour, du Figaro, pour défendre ce genre de positions (voir à ce sujet son intervention sur France 5, un chef d’œuvre du genre).

Certes, il y a toujours Sarkozy qui avec son don subtil pour la provocation s’est fendu de l’argumentaire du cynique réactionnaire que l’on lui connaît depuis longtemps, en proclamant qu’il ne trouvait « pas choquant » l’amendement Mariani. Souvenez-vous de l’insistance avec laquelle notre « briseur de tabous » national justifiait ses positions les plus hardcore : « alors il paraît que c’est tabou de dire que les jeunes de banlieue sont de la racaille, hé ben moi j’le dis, c’est de la racaille, je dis tout haut ce que tout le monde pense tout bas, quitte à choquer le politiquement correct ». Nul n’est désormais surpris par la grandiose rhétorique de notre actuel monarque, qui construit ses opinions par opposition à un discours imaginaire, immédiatement associé au « politiquement correct », donc, au « discours dominant », aux « tabous » et autres « rigidités » persistantes de la pensée française. Mais l’intervention du célibataire de l’Elysée est trop anecdotique pour qu’on lui prête, pour l’heure, trop d’attention.

Non, les grands idéologues de la nouvelle pensée-système, ce sont les Hortefeux, les Mariani, les Morano, les Devedjian. Une droite qui, sans être dans le fond complexée (si l’on en juge par son œuvre) reprend pourtant un argumentaire jusqu’alors réservé à une gauche aujourd’hui en déshérence. Ainsi, lorsque la clownesse Morano est sommée de qualifier la loi Hortefeux en un mot, elle n’a pas la moindre honte à parler d’« humanisme ». Idem pour Hortefeux et Mariani, qui se défendent de mettre des bâtons dans les roues aux immigrants, dont ils tentent à tout prix de faciliter les démarches. Raisonnement alambiqué pour défendre une loi censée, précisément, diminuer et encadrer l’immigration.

L’amendement par la grâce duquel Mariani instaure les tests ADN pour que ces gentils bamboulas prouvent leur éventuelle filiation (car ils se ressemblent tous, et puis on les devine volontiers queutards et polygames), ce n’est absolument pas une mesure de défiance, c’est juste pour que « ceux qui ne trichent pas » puissent avoir l’insigne privilège d’une procédure accélérée, exempte de toute sorte de vérification administrative. A contrario, les connards xénophobes qui s’opposent à un tel amendement veulent laisser croupir dans la misère des familles entières, victimes des lenteurs de la procédure. Bigre ! Puisque l’on cherche à aller dans le tout-permissif, dans l’humanisme le plus lyrique, que n’est-il pas venu à l’idée de nos politiciens virtuoses de supprimer tout simplement toute forme de vérification ? D’accélérer et d’alléger les procédures d’entrée sur le territoire pour tout le monde ? Après tout, ça ne fera pas une grande différence, quantitativement, et puis ça ferait faire des économies à l’administration…

Bon, devant ce genre de raisonnements, la gent périsarkozyste a enfin tendance à s’exprimer plus explicitement : l’important dans la recette, c’est de séparer « ceux qui trichent » de « ceux qui ne trichent pas », et l’ADN, nous indique Mariani, est une manière, comme autrefois la signature et demain la reconnaissance optique, de « prouver son identité ». Halte là, maraud ! S’il s’agit de « prouver » son identité, c’est que l’on ne peut pas se fier à la parole de l’immigrant, ni à l’état civil de son pays de dégénérés, donc qu’il y a défiance a priori. Et voilà comment tombe en morceaux un argumentaire qui, péroré avec une tenace conviction, a tout de même réussi à mystifier ses opposants… Dans leurs derniers soubresauts, les fous du Roy ont parfois le burlesque de s’écrier : « mais si l’on n’a rien à se reprocher, ça ne pose aucun problème ». Hahaha.

Pourquoi, donc, se prévaloir d’un humanisme que l’on juge rétrograde pour autrui ? La seule explication, évidente par ailleurs, qui vienne à l’esprit vif et acéré du saboteur, c’est la volonté de priver une gauche molle et d’un consensuel autoproclamé, d’espace idéologique. Car il faut bien se dire que la tribu en question ne cherche nullement à « rassurer » ses concitoyens, qu’elle se fiche éperdument d’un quelconque humanisme, qu’elle exhibe avec le sourire sa volonté de se rapprocher du Front National (pardon, de ramener une à une les brebis frontistes égarées).

Autre clé de voûte de l’idéologie Hortefuégienne, « le réel ». On croyait l’usage cette arme de destruction intellectuelle exclusivement réservé aux sociaux-démocrates de type Strauss-Kahn, qui font de l’« adaptation à la réalité » leur maître mot – considérant qu’ils ne peuvent rien changer à ladite « réalité », voire qu’ils n’en prennent pas part, tout simplement. Mais non, « le réel » a également sa place chez les braillards de l’UMP. Lorsque les droitistes complexés du PS ou les centristes néoconservateurs façon Charlie Hebdo et consorts s’en prennent à l’amendement Mariani au nom de « principes républicains », le binoclard du Vaucluse s’indigne : il y a certes les principes, mais il y a surtout « le réel », et c’est à ce dernier qu’ont affaire les politiques. Même ligne de défense pour Braïsse Hortefeux, qui met dans le même panier le fait que le taux de chômage chez les jeunes étrangers diplômés soit de 26%, la ségrégation à l’embauche n’existant pas dans notre bien « réel » pays de bisounours. A opposer au « réel », il y a également la compassion, le droit-de-l’hommisme, la confiance (rebaptisée « angélisme » pour l’occasion), la philosophie ( ?), l’idéalisme, etc…

Sans vouloir donner trop de crédit à l’attaque « par principe », il est quand même étonnant que ces politiques professionnels, grassement rémunérés pour remuer leurs méninges dans l’intérêt de tous et de chacun, ne parviennent pas à s’accommoder de quelques principes peu contraignants, histoire de s’acheter une conscience morale à peu de frais… Il faut donc comprendre que « le réel », c’est une situation gravissime de dernière instance, que des hordes, des bataillons, des peuples entiers d’étrangers se pressent aux frontières de l’Hexagone, qu’ils investissent les canalisations d’égouts pour une invasion souterraine, qu’ils préparent des catapultes géantes pour choir par centaines sur notre doux terroir ! Mais non, pas du tout ; l’amendement Mariani concernerait difficilement plus de mille personnes par an, la loi Hortefeux est inapplicable (ou alors il faudra qu’on m’explique comment mettre en place partout dans le monde des structures accessibles de formation à la langue et aux « valeurs républicaines » françaises), aucune prétendue « réalité » ne vient spontanément corroborer leurs thèses fumeuses… Si tant est que « le réel » soit jamais univoque, palpable et doué de volonté, comme le voudraient bien ces sympathiques mystiques.

Pourquoi recourir donc au « réel », alors que les ficelles, grosses comme la bite à Rocco, sont pathétiquement visibles ? Tout d’abord, cela ne peut s’expliquer indépendamment du rôle que jouent, souvent consciemment, les médias dominants. Un parallèle saisissant peut-être fait avec la présidentielle de 2002 et le thème de l’« insécurité », leitmotiv s’il en fut de cette période. Au lendemain du célèbre premier tour, des caméras d’une chaîne claire avaient eu la bonne idée, en guise d’autocritique, d’aller dans un trou paumé d’Alsace, qui avait plébiscité Le Pen, interviewer la population. Une vieille chouette, téméraire, eut la franchise d’admettre qu’elle avait voté Le Pen « contre l’insécurité et l’immigration ». A cette profession de foi, l’intervieweur objectait qu’il n’y avait ni insécurité ni immigration dans le bled en question. Oui, mais, précise la vieille, on voit bien à la télé ce que c’est. On pouvait lire sur son visage un sourire veule de type « et c’est bien fait pour ces petits cons », mais cela dépasse l’objet de notre étude.

Ainsi, on le voit, pour peu que la population s’y prête un peu (et elle s’y prête plutôt deux fois qu’une), on peut lui faire croire à la « réalité » d’une attaque de martiens, à la « réalité » de violeurs enragés et atteints du SIDA qui sodomisent tout ce qui bouge pour propager le virus, et ainsi de suite, pour que les gens restent tranquilles chez eux, votent pour la répression, et continuent de regarder la télé ; la boucle est bouclée. Car il faut bien se dire que « le réel », pour la plupart des gens, au-delà de leur condition individuelle, c’est la télé, donc à peu près ce qu’on veut bien leur faire croire. « Le réel », il faut s’en convaincre (et en convaincre autrui), c’est rien, c’est n’importe quoi, ça n’existe pas.

Dernier argument, plus prosaïque, de la troupe des pré-eugénistes : la défense du travail du Parlement. Utilisé principalement pour s’en prendre à la musulmane de service du gouvernement (Amara), mais plus largement pour contrer l’attaque groupée de plusieurs membres de l’exécutif (Kouchner, Jouyet, Hirsch, mais aussi Darcos, Pécresse ou cette bonne vieille Boutin), le procédé prête quand même à sourire. Voire à se taper le cul par terre. D’une part, voir les pom-pom girls d’une réforme ultra-présidentialiste des institutions s’insurger contre l’ingérence du gouvernement, c’est quand même du divertissement de haut niveau, mais surtout, si l’on suit leur raisonnement, si l’Assemblée propose la chambre à gaz, il faudra se plier aux volontés des « représentants du peuple ». Et nous emmerdons ceux qui nous parlent de point Godwin. La suite.

Oui, donc, pourquoi tout cet arsenal argumentaire d’humanisme, de réalisme, d’amour irréfrénable de nos institutions, de la part d’un groupuscule qui hier encore reléguait ces valeurs à la préhistoire de la politique, avec sa tonitruante rupture ? Le calcul est simple : en défendant une telle position, l’on a forcément beau jeu de jeter l’adversaire dans le camp des rétrogrades qui ne respectent pas les institutions, qui ne sont pas en phase avec le réel et qui ont des tabous. On aurait tort de rigoler trop vite, car ce qui pour les idéologues de la majorité relève du calcul prend sa pleine mesure lorsque l’on voit les civils adhérer corps et âme à ces oppositions simplettes dignes d’un écolier et, pire, l’opposition autoproclamée valider à 100% la logique binaire que lui impose la majorité.

Evidemment, nous passons sur tout ce que le Parti Socialiste et ses satellites immédiats recèlent de nationalistes pur jus qui, s’ils ne pipent pas mot dans le débat, ne se réjouissent pas moins de voir la droite accomplir leurs preux desseins (citons pour l’exemple le difforme Chevènement, ou encore le sarkozyste Manuel Valls). Ces glorieux individus n’existent, pour ainsi dire, pas. Non, prenons un instant l’exemple de Philippe Val, grand gourou du Charlie Hebdo réformiste d’aujourd’hui. En toute bonne foi, il est contre l’amendement Mariani, c’est même en ce moment son activité principale. D’ailleurs, il a fait de son journal le fer de lance médiatique du mouvement « anti-ADN » (sic), avec le concours de SOS Racisme puis, une fois la bataille lancée, Libé. C’est tout à son honneur. Alors que ce pauvre Val éditorialisait Charlie à grands coups de considérations sur la nécessité d’avoir une gauche différente de la droite, il a trouvé grâce à Mariani un cheval de bataille lyrique, qui nous a réservé quelques phrases bien senties. Il avait traité la chose de « saloperie fascisante », pour notre plus grand bonheur.

S’improvisant leader politique et affinant sa présence médiatique, le voilà donc qui trimballe son menton saillant de plateau télé en plateau télé, pour pourfendre l’amendement scélérat. Et là, surprise, alors que ses éditos et les papiers furieux de ses collègues de rédaction nous faisaient espérer des sorties libertaires et enfiévrées où l’on chanterait l’amour de l’autre, Val préfère s’en tenir à un argumentaire d’autorité : notre sacro-sainte République a des principes, on n’a pas le droit d’y contrevenir. Mazette ! En voilà un argumentaire qu’il est bon ! Au-delà du fait qu’on peut, au nom des principes, défendre tout en n’importe quoi, la seule évocation de l’argument d’autorité est – et on le comprend – synonyme d’une immobilité et d’un passéisme qui sont en général le propre de la droite la plus conservatrice. Pourtant, c’est à cette ligne que se plient très majoritairement les révolutionnaires de « touche pas à mon ADN ».

Mais ce n’est pas tout ; en désespoir de cause, Val use d’un autre argument : on a besoin, pour faire marcher notre économie de marché, d’une immigration dont le potentiel démographique relève le niveau de nos autochtones. En d’autres termes, l’immigration est un choix économique, si les français de souche pondaient suffisamment de marmots on pourrait s’en passer. Ce n’est qu’en ultime recours que le courageux Philippe considère que la loi Hortefeux – Mariani voit derrière chaque immigré un délinquant. Evidemment, on voit bien où Philippe Val, grand réformiste et amoureux de la République s’il en est, veut en venir : il s’agit de faire accepter aux populations droitières l’immigration avec l’argumentaire qui leur est propre, autrement dit, battre le gouvernement sur son propre terrain idéologique.

Le problème étant que sur son propre terrain, le parti de l’ordre n’a plus à faire ses preuves. Son travail de minage a été accompli à merveille ; sa complicité est telle avec son électorat que leurs convergences idéologiques n’ont même pas à être explicitées. Plus clairement ; lorsque le gouvernement défend les mesures Hortefeux – Mariani sous couvert de modernité et d’humanisme, il est clair qu’il ne renie aucunement ses points de convergence avec son électorat ultraconservateur, bien au contraire il fournit à celui-ci des armes idéologiques pour relayer son message, tout en plaçant leur corps de doctrine dans le domaine du tacite.

Donc, en se prêtant à la danse dont le gouvernement donne la cadence, l’opposition « médiatique » (outre Val, qui est hélas l’un des plus virulents, on peut aussi trouver un grand nombre de personnalités socialistes ou communistes) perd à la fois sur son propre terrain et sur celui du gouvernement qu’elle a la naïveté de vouloir vampiriser. Misère du raisonnement de la concession permanente. L’ironie veut d’ailleurs que la droite disons « « « bienveillante » » » (celle des Chirac, des Villepin et des Bayrou) ait une réaction d’opposition au discours du gouvernement – ce bon gros facho de Pasqua lui-même a rejoint le camp des antimarianistes – tout en gardant sa cohérence idéologique. Donc, au nom des mêmes principes, les gaullistes et les paraît-il « socialistes » combattent le même ennemi. Parmi les deux entités, il y en a une qui sort grandie. Elle ne siège pas rue de Solférino.

Le chenil Sarkozy a donc bien joué : son opposition s’en tient à des minauderies mollassonnes de conservatisme modéré, ses contradicteurs se contentent de beugler que les principes fondamentaux de la République (avec lesquels tout un chacun se torche le cul) ne sont pas respectés sans se soucier d’expliquer les raisons de l’existence de tels principes ; le gouvernement aura désormais beau jeu de concéder à la droite bisounours le retrait de l’amendement criminel, et pourront passer comme des lettres à la poste les restrictions du droit d’asile, les séquelles du discours de Dakar, les reconduites à la frontière, les défenestrations de clandestins et, d’une manière plus générale, le reste de la loi Hortefeux, puisque les deux discours médiatiques dominants écartent autant le discours clairement gauchiste et celui de l’évidence libertaire.

Car où sont-ils les gauchos médiatiques ? A-t-on entendu Cohn-Bendit ? Besancenot a-t-il couru les plateaux ? Niet. A peine a-t-on entendu, timidement, Taubira (qui est pourtant loin d’être une radicale) s’étonner que l’on n’inquiète pas davantage les étrangers milliardaires qui prennent leurs aises et tuent le marché immobilier en France alors qu’ils ne maîtrisent pas la langue. Plus virulente fut encore Aurélie Filippetti qui, quoique socialiste et en terrain conquis (au grand raout du Zénith) n’en a pas moins déclaré sans ambages : « cette France moisie, cette France rancie qui considère l’étranger comme l’ennemi, on n’en veut pas ». Alléluia ! Malgré l’impact assez relatif de son intervention, qui ne fait pas encore trembler Hortefeux et consorts, ça n’en demeure pas moins une voix nouvelle, qui ne vient pas lécher l’électeur frontiste dans le sens du poil pubien. Préférer les étrangers aux fachos : c’est un début, une mini-révolution dans la parole publique estampillée « gauche ».

Car, s’il ne faut évidemment pas voir la politique derrière le seul prisme des médias dominants, c’est à eux malgré tout que se réfère l’homme de la rue, celui-là même qui choisit son bourreau – pardon, son représentant, lors des différentes élections.

Mais, au-delà de ces bien tristes considérations qui agitent la gent conformiste, confortable, con tout court ; où est passée la liberté ? Où sont passés les rêves ? Qui se trouvera pour crier à pleine gorge que les frontières on s’en fout, qu’il n’y a pas d’étrangers, que nous n’avons que faire de la mesquinerie collabo de la majorité silencieuse, qu’il y a finalement des occupations plus joyeuses que de suspecter le voisin ? Qui ? Qui ? Qui ? A toutes ces questions et à celles qui en découlent, une réponse s’impose, évidente, rieuse, caustique : Sabotage, Sabotage, Sabotage !


Notre lettre de Guy Môquet

Le saviez-vous ? Par une curieuse erreur technique, la Propagandastaffel de l'Etat-Sarkozy a effacé (c'est malencontreux), dans la présentation de sa lettre, le fait que Guy Môquet était communiste. Cet acte de révisionnisme et de sabotage symbolique n'est évidemment pas volontaire ; même s'il permet une meilleure lecture, à coup sûr, de ce qui est devenu l'évangile sarkozyste, lalettredeGuyMôquet. Dépolitisé, l'héritage de Môquet n'en devient que plus lisible, universel, patriotique.

Nouvelle petite erreur : dans "l'intitulé de l'hommage officiel" à Guy Môquet, le mot "camarade" a été remplacé par le mot "compagnon". Une faute de frappe.

On aurait bien tort de croire que ces erreurs sont volontaires ! Personne, visiblement, ne pousse des cris d'orfraie ni ne s'inquiète d'une quelconque Propagande d'Etat ou d'une dérive goebelsienne du SarkoReich. C'est donc que ces petites modifications sémantiques n'ont rien de comparable à un opus de Leni Riefenstahl.

Pourtant, à lire un autre texte de Guy Môquet, on subodore que le Reich aura quelques difficultés techniques supplémentaires pour édulcorer le fait que le jeune adolescent est un héros communiste, qu'il aurait boycotté la lecture de sa propre lettre par un régime à peu près aussi éloigné de son idéal qu'une ouverture de Wagner l'est d'un geignement de Björk.

Parmi ceux qui sont en prison
Se trouvent nos 3 camarades
Berselli, Planquette et Simon
Qui vont passer des jours maussades

Vous êtes tous trois enfermés
Mais patience, prenez courage
Vous serez bientôt libérés
Par tous vos frères d’esclavage

Les traîtres de notre pays
Ces agents du capitalisme
Nous les chasserons hors d’ici
Pour instaurer le socialisme

Main dans la main Révolution
Pour que vainque le communisme
Pour vous sortir de la prison
Pour tuer le capitalisme

Ils se sont sacrifiés pour nous
Par leur action libératrice
.

Le Reichskanzler Sarkozy instaurera-t-il la lecture obligatoire de cet émouvant témoignage devant la jeunesse de France ?