Perpétuité

Yvan Colonna est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. La veuve du Préfet Erignac s'en réjouit tout à fait.

La perpétuité est une condamnation qui consiste à enlever à quelqu'un le sens de sa vie ; mais au-delà, le sens du temps, le sens des jours, le sens des mots, le sens de tout geste. Il s'agit donc d'une forme de supplice particulière, qui est un supplice non-violent qui se révèle, en dernière analyse, la plus affreuse de toutes les manifestations de la pulsion sadique-répressive.

Les belles âmes humanitaristes s'indignent face à la survivance de la peine de mort dans beaucoup d'Etats. Ils ne leur vient pas à l'idée que la réclusion criminelle à perpétuité est une peine aussi barbare que la première, quoique procédant différemment.

Serge Coutel, condamné à perpète, dans l'Envolée :

"Quand tu sais que tu es en train de faire perpète, ce n’est pas simplement un jour après l’autre, non : chaque jour, tu fais perpète en entier, avec les souvenirs anticipant de plus en plus tes souffrances à venir. Et cette solidification des heures, quand elles se cristallisent en une gelée vitreuse... Et la vie qui devient une maladie... C’est la plus terrible institution de notre époque que cette justice, fatiguée de surenchérir sur le crime qu’elle prétend punir, ne crucifiant plus, n’écartelant plus, ne dépeçant plus, n’empalant plus, ne brûlant plus et, même, ne décapitant plus. Il n’y a plus ni fer, ni roue, ni gibet, ni bûcher, ni rien. Ce qui remplace tout, c’est le temps. La vie amputée du temps ! C’est ça la prison : du temps infligé dans sa nudité. On ne tue pas, on laisse mourir."

Le même Serge Coutel ajoutait : "J'en ai marre de voir l'assassin amateur condamné par des assassins professionnels. C'est à en vomir, c'est à en pleurer, c'est à en souhaiter la fin du monde".

Un magistrat qui condamne quelqu'un à la perpétuité est un tortionnaire - et, partant, autant un assassin que l'assassin qu'il condamne.

5 commentaires:

Jordi a dit…

" La vie amputée du temps ! "

Belle formule.

Sans compter qu'en l'occurrence, la culpabilité de l'accusé est douteuse.

sKaLpA a dit…

quelle surprise!!!

sKaLpA a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Didier Goux a dit…

Vous faites semblant pour le plaisir ou vous ignorez réellement qu'AUCUN condamné à perpétuité ne meurt de vieillesse en prison... puisqu'il est libéré bien avant ?

Cela étant, passer 20 ou 25 ans en prison doit suffire à provoquer le désespoir d'un homme, nous serons d'accord là-dessus.

Autre a dit…

De plus le témoin principal de l’assassinat du préfet n’a jamais reconnu Yvan Colonna, (aucun des témoins ne l’a reconnu) . Un témoignage négatif est forcément un élément à décharge, l’accusation aurait dû se déliter, le doute émerger…
Mais il y a un témoin fort bien renseigné qui a affirmé publiquement sur tous les médias de France qu’il connaissait l’assassin. Il l’a désigné explicitement , au mépris de la présomption d’innocence. C’est d’autant plus grave que ce témoin est avocat de profession.
Une condamnation, bien dépourvue d’élément matériel qui réaffirme un changement de philosophie de la condamnation pénale, le doute devant bénéficier à l’accusé, confirmant la répression que connaît actuellement la justice.