La légitimité, on s'en fout



C'était beau ! Une meute d'une centaine de CRS dressés pour mordre formés à obéir se sont lâchés ce matin sur les étudiants en grève de Paris X, à Nanterre. Visiblement émus, les hommes en bleu n'ont pas manqué de tabasser les bloqueurs et bloqueuses, leur faisant ingurgiter leurs grosses semelles ainsi que force gaz lacrymogégène. Car malgré l'apparence pacifique des jeunes, les CRS n'ont pas longtemps été dupes : il s'agissait bel et bien de racaille ultraviolente, de chiens bolcheviks - bref, des gens très "politiques", comme dit Pécresse.

Grâce à l'intervention de ces fonctionnaires rémunérés par le contribuable, une fière minorité d'étudiants a pu faire valoir son droit inaliénable à la routine et au train-train quotidien. Un droit que le gouvernement Sarkozy est en passe de rendre opposable. Beau joueur, Sabotage va donc s'intéresser à ces drôles de zigs, les jeunes "anti-blocage", les étudiants anti-étudiants qui, tout aussi "politiques" que leurs camarades, n'en jouissent pas moins de quelques curieuses spécificités !

Ces hédonistes décomplexés ont ainsi moultement applaudi le tabassage en règle des odieux gauchistes, prouvant par là leur attachement à une certaine idée de la jeunesse. Une jeunesse inféodée à des valeurs de vieux, à une société de vieux, à un ordre tenu par des institutions et des entreprises de vieux, une jeunesse qui veut s'user au travail, une jeunesse responsabiliste, moraliste, grégaire, conservatrice, amie de la propriétéprivéed'autrui et dont les borborygmes illustrent l'existence, dans notre société, d'un droit, le droit opposable à avoir une vie de merde et à le revendiquer.

Ces zouaves qui se gargarisent de la violence policière tout en dénonçant le violent, l'insupportable "terrorisme" des bloqueurs, dénient au mouvement anti-Pécresse toute forme de "légitimité". Le procédé n'est pas nouveau ; toute tentative de mobiliser en bloquant les institutions ou moyens de production s'est depuis belle lurette heurtée à d'interminables procès en "légitimité", du Front Populaire au CPE. Car c'est qu'ils s'imaginent que le plus grand souci de nous autres trublions est de respecter une légitimité instituée par les organismes que nous comptons combattre. Etonnant !

Il faudra leur expliquer que la logique de mouvement social est une logique de désobéissance qui se contrefout de "respect" et de "légitimité", qui utilise a contrario tous les moyens - a priori non violents - pour peser et influer sur les décisions des dirigeants. C'est un peu comme si on avait demandé aux résistants pendant l'occupation de légitimer leur "terrorisme" aux yeux de Pétain. La légitimité aux yeux de Sarkozy, de la Cinquième République, du RED et du GUD, on n'y tient pas trop, et nous sommes même fiers de s'asseoir dessus.

Un autre procès récurrent consiste à présenter les bloqueurs comme d'immondes antidémocrates. Car, aux yeux innocents de ces tout-petits, la démocratie consiste à élire un grand timonier tous les cinq ans et à fermer sa gueule pieusement pendant qu'il agit librement. Notre conception à nous, Sabotage, diffère légèrement.

Comme dans tout autre système, l'ordre dans une démocratie repose sur un rapport de forces. Le fait d'élire à la majorité absolue le Président, par exemple, est une manière de dire "on est plus nombreux derrière lui, donc plus forts". La "démocratie" française est en fait le droit du plus fort car plus nombreux. Bien. Là où la grève joue un rôle intéressant, c'est lorsqu'elle déplace le rapport de forces, fonctionnant exactement sur le même principe que le scrutin. Faire valoir sa capacité à bloquer les facs ou les moyens de transports, c'est une manière de dire "vous êtes plus nombreux, on est plus motivés, donc plus forts". Les idéologues du monde tel qu'il est beuglent "mais on est plus nombreux", et ne cessent d'appeler au cassage de gueule des grévistes et autres bloqueurs, hurlant avec les loups qui président nos universités. Qu'à cela ne tienne ! Nous les attendons de pied ferme.

Là où ça devient plus problématique, c'est lorsque certains grévistes se justifient bec et ongles en se prévalant d'une illusoire "légitimité". Combien d'AG ont commencé et commencent encore par des soporifiques "nous, Assemblée Générale étudiante légitime" et nous lestent de la lourdeur éléphantesque des peine-à-jouir antiblocage ? Pourquoi perdre notre temps en pirouettes sophistes pour justifier notre action a priori ? Car il est bien évident que nous ne convaincrons jamais les neuneus pour qui le "droit à l'enseignement" consiste à avaler la loi Pécresse sans se poser de questions.

Il n'y a donc guère que les peine-à-jouir et professionnels[autoproclamés]delacontestation de l'UNEF (nous reviendrons plus en détail sur leur cas) qui aient intérêt à nous seriner avec des discours péteux et légitimistes. Oui, l'UNEF, qui négociait avec Sarkozy il y a à peine plus d'un an à l'époque du CPE. Histoire de lui servir la présidentielle sur un plateau.

Nous avons aujourd'hui une grande occasion de faire trembler les puissants, nous en priver serait criminel. Ajoutons une profession de foi saboteuse : nous soutenons sans réserve ces mouvements de grève et de blocage dans la mesure où ils ne visent pas seulement la merdique loi Pécresse, mais participent d'une jonction des luttes contre le sarkozysme qui bouffe la joie de vivre et, d'une manière plus générale, contre la petitesse collabo de la vie que d'autres, aujourd'hui disparus, ont voulu nous tracer. La lutte doit être généralisée. En avant !

8 commentaires:

Didier Goux a dit…

"... du Front populaire au CPE" : le raccourci est merveilleux !

autre a dit…

Mais un raccourci de luttes populaires et historiques^^! Monsieur! Ca soulève inévitablement la question d'une perspective sociale alternative... Elle présuppose que la classe ouvrière opprimée se libère de l'emprise tous ceux qui défendent le capitalisme français depuis 70 ans et plus. Pour cela, les travailleurs français et les jeunes doivent rejeter les appareils bureaucratiques et leurs partisans et chercher des alliés parmi des jeunes et des travailleurs de par l'Europe et le monde où ils sont confrontés aux mêmes attaques et aux mêmes problèmes.^^

Didier Goux a dit…

Cher "autre", par respect pour l'intelligence que je vous suppose, je préfère considérer votre commentaire comme un savoureux pastiche.

Du reste, je suis de plus en plus persuadé que ce blog n'est qu'un gigantesque pastiche. À ce titre, il est, je dois dire, fort bien fait.

vlg a dit…

Excellent billet !

Nicolas a dit…

C'est vrai qu'on se demande si c'est une blague.
je penche pour la blague a priori, mais ce n'est pas tres bien ecrit.

si c'etait vraiment une blague, il faut soigner le style pour y ajouter de subtiles referenceset donner plus de corps et de structuration..

Anonyme a dit…

Pour moi c'est un hoax.

Sabotage a dit…

nicolas : recevoir les commentaires de style d'une pauvre quiche qui travaille dans la finance, c'est pour le moins inhabituel... Allez, on a bien rigolé quand même !

(la merveilleuse trouvaille rhétorique de "c'est un hoax héhéhé ke sé drol" était pertinente au début des années 2000, au moment de la démocratisation d'internet. Là, t'as un peu de retard...)

Sabotage a dit…

ça vaut aussi pour Dédé Goux(gniaffier), cela va sans dire...